Insolite
Des coquilles d’huîtres pour le marquage routier
Defawe Philippe | 13/11/2006 | 18:47 | Transport et infrastructures
En allant chercher des huîtres [...]
En allant chercher des huîtres pour sa femme à Noël, en Bretagne, Jean Lalo, directeur technique chez Prosign, une filiale du géant de la route Colas, a eu l'idée de recycler les coquilles, en utilisant leur calcaire dans les produits de marquage pour les routes.
Au terme de deux années de recherche est né Ostrea, un produit thermoplastique de marquage routier à la fois écologique et performant, qui vient d'être employé pour la première fois, avec succès, dans la commune de Landevant, dans le Morbihan.
"Pour 100 kilos d'huîtres commercialisées, l'ostréiculteur se débarrasse de 70 à 80 kilos de coquilles d'huîtres mortes ou impropres à la consommation", explique Jean Lalo qui s'est étonné de les voir "entassées en vrac à côté des points de vente soumis, eux, à des normes sanitaires draconiennes".
A la vue de ces montagnes de coquilles - la France en produit 130.000 tonnes par an- il a eu l'idée d'utiliser le calcaire qu'elles contenaient dans la fabrication de produits de marquage routier.
La valorisation des coquilles d'huîtres n'est pas nouvelle. Dans la Rome Antique, elles servaient de bulletins de vote et sont à l'origine du mot "ostracisé" pour ceux qui n'étaient pas élus.
C'est à une autre fin qu'elles sont utilisées aujourd'hui. Les coquilles d'huîtres sont lavées, séchées, puis broyées en un très fin calcaire qui entre ensuite dans la composition du ruban blanc qui court le long des routes, à hauteur de 10%.
"La perle sur le ruban", résume avec humour son concepteur. Le reste est fait de sable et d'huiles végétales, ainsi que des billes de verre de recyclage qui permettent une meilleure visibilité la nuit.
"Plutôt que de faire des trous dans la montagne pour en extraire le calcaire, nous utilisons désormais le calcaire issu des montagnes de déchets", se réjouit Jean Lalo, qui avait dû, avec regret, abandonner l'idée d'utiliser dans le même but les coquilles d'oeufs, en raison notamment de leur trop forte odeur.
Dans la composition de ce ruban blanc "éco-conçu", encore appelé "thermo-vert", il reste environ 10% de matières polluantes, dont le dioxyde de titane qui lui donne sa couleur blanche.
Jean Lalo estime que, dans un premier temps, cette utilisation des coquilles d'huîtres en consommera environ mille tonnes par an mais, assure-t-il, "on peut imaginer d'autres applications".
Le marquage au sol des routes, dont la durée de vie est évaluée entre trois et cinq ans, ne se contente pas d'être écologique. Il est aussi soucieux de sécurité routière.
Ainsi, ses performances optiques se sont améliorées pour permettre une bonne "rétro-réflexion" la nuit et sous la pluie. Il est même devenu sonore pour "réveiller", avec un effet vibreur, les conducteurs qui ne respectent pas leur couloir de circulation.
"C'est le dernier avertissement avant l'accident", assure Jean Lalo qui poursuit ses recherches pour une signalisation toujours plus performante.
Véronique Buttin (AFP)