Actualité
2009, année noire pour la construction de logements en France
Jean-Philippe Defawe (avec AFP) | 26/01/2010 | 11:15 | Logement
L’objectif était de construire 500.000 logements. Seulement un peu plus de 330.000 seront sortis de terre en 2009.
333.247, c'est exactement selon le ministère de l'Ecologie, le nombre de logements dont la construction a débuté en 2009. Ce chiffre était de 400.191 en 2008, soit une chute de 16,7% sur l'année. Sur le dernier trimestre, 85.559 logements neufs ont été mis en chantier, soit une diminution de 10,6% par rapport à la même période en 2008, note également le communiqué du ministère.
Comme une mauvaise arrive rarement seule, le nombre de permis de construire délivrés en 2009 est également en repli de 17,8% par rapport à 2008, avec 397.310 permis accordés, contre 483.373 en 2008. "Il faut remonter à novembre 2003 pour observer un cumul sur douze mois inférieur à 400.000 logements autorisés", note le ministère
Bref, on est loin de l'objectif affiché du gouvernement qui était de construire 500.000 nouveaux logements par an. "En France, le secteur du BTP résiste mieux que ses homologues européens avec 50.000 emplois préservés grâce au plan de relance" a toutefois justifié Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement.
"Grâce aux différentes mesures de relance (dispositif Scellier notamment), le pire a été évité, mais on ne répond pas aux besoins, notamment en matière d'accession à la propriété", a déclaré de son côté à l'AFP Marc Pigeon, président de la Fédération des promoteurs-constructeurs (FPC). En ce qui concerne strictement les promoteurs-constructeurs, "on n'a jamais fait aussi peu de ventes pour les ménages accédant à la propriété depuis 1995", affirme M. Pigeon.
Pour relancer la machine, Benoist Apparu esquisse des pistes comme la vente d'une partie du parc HLM sur 10 ans afin de financer de nouveaux logements sociaux au grand dam du mouvement HLM qui y voit un désengagement de l'Etat et une logique de privatisation (Voir Focus ci-dessous).
C'est le secteur des logements collectifs a marqué un recul plus prononcé (-27,1%) que celui des logements individuels (-12,8%). Sur ce dernier segment, l'individuel pur a reculé de 18,0% tandis que l'individuel groupé est resté à peu près stable (-0,1%). En revanche, avec plus de 33.000 logements, soit une progression de 7,7% par rapport à 2008, la construction de logements en résidence fait preuve de dynamisme.
Le ministère note également de fortes disparités suivant les régions. Ainsi, concernant les mises en chantiers, les plus fortes baisses ont été enregistrées en Auvergne (-30,6%), dans le Limousin (-29,9%), en PACA (-29%), dans le Nord-Pas-de-Calais (-26,2%) et en Poitou-Charentes (-24,2%). Seules trois régions affichent un solde positif par rapport à 2008: la Bourgogne (+30,7%), la Haute-Normandie (+10,1%) et la Champagne-Ardenne (+4,8%).
Ces trois dernières régions préfigureraient-elles le futur proche de la construction. Rien n'est moins sûr. Si Michel Mouillart, professeur d'économie à Paris X-Nanterre, évoque "un mouvement de remontée du rythme trimestriel" des constructions entamées au cours de l'année, tous les experts ne sont pas du même avis. Pour Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC France, le marché reste fragile. "Les permis de construire restent inférieurs de près de 18% par rapport à 2008, et d'environ 30% par rapport à 2007. Ca ne va pas suffire à ré-inverser la tendance" en 2010, estime-t-elle.
Le parc des HLM compte en France quelque 4,2 millions de logements, dont environ un tiers construit après 1985, qui accueille plus de 10 millions d'habitants.
FOCUS
Le gouvernement entend vendre 10% du parc HLM sur 10 ans afin de financer de nouveaux logements sociaux dans les zones géographiques où les besoins sont les plus criants, au grand dam du mouvement HLM qui y voit un désengagement de l'Etat et une logique de privatisation.
"Ce que je dis c'est que les budgets de l'Etat ne vont pas exploser donc il faut trouver de l'argent ailleurs et notamment par la vente" de logements. "L'idée de 1% par an me va tout à fait", a déclaré à l'AFP le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu.
Selon M. Apparu, "1% du parc vendu par an permet de dégager 2 milliards de fonds propres" et "un logement vendu permet de construire deux à trois logements" neufs.
Le secrétaire d'Etat était interrogé sur une note d'André Yché, président de la Société nationale immobilière (SNI), filiale immobilière du logement social de la Caisse des dépôts (CDC) publiée lundi dans Libération et prônant la vente de 10% du parc HLM en 10 ans.
"Ce sont des idées simplistes", s'insurge le président de l'Union sociale pour l'habitat (USH), Thierry Repentin, qui dénonce un "désengagement de l'Etat et une logique de privatisation" du logement social. Le sénateur estime que "nous ne ferions plus un logement social sans l'implication croissante des collectivités locales".
Selon lui, en dix ans, la part de financement des collectivités locales a été multipliée par quatre (de 2 à 8%) et dans le même temps la part de subventions de l'Etat a été divisée par deux (de 6% à 3%).