Logement

Habitat participatif : Strasbourg inspire Cécile Duflot

L’habitat participatif prépare son entrée dans le champ législatif, avec le projet de loi Duflot inscrit à l’ordre du jour du conseil des ministres du 26 juin. L’expérience strasbourgeoise inspirera ce texte que le parlement devrait examiner fin 2013.

« A côté de la promotion immobilière et des HLM, l’habitat participatif ouvre une troisième voie ». Roland Ries, sénateur et maire socialiste de Strasbourg, justifie par cette conviction la politique menée depuis 2008 pour développer « une nouvelle manière de construire la ville », selon l’expression de son adjoint à l’urbanisme, l’écologiste Alain Jund.

Au début de l’actuel mandat municipal, un premier projet d’autopromotion, porté par 11 foyers regroupés dans la copropriété Eco-Logis, a joué le rôle de pionnier. Cinq ans plus tard, la capitale alsacienne recense 20 immeubles en démarrage, totalisant 135 logements.

Trois appels à projets ont jalonné cette croissance, relayée par la Société d’équipement de la région de Strasbourg : cette société d’économie mixte présidée par Jacques Bigot, président de la communauté urbaine, systématise la réservation de lots dédiés aux groupes d’autopromoteurs, dans ses opérations publiques d’aménagement. L’expérience strasbourgeoise a ancré l’idée d’une professionnalisation d’une assistance à maîtrise d’ouvrage spécialisée dans l’habitat participatif, et apte à transformer en projet collectif une addition de rêves individuels.

 

40 collectivités en réseau

 

Avec un forum de l’autopromotion  réuni en novembre 2010 au parlement européen, la capitale alsacienne a contribué à la visibilité nationale de la « troisième voie » chère à Roland Ries. Le mouvement s’est structuré l’année suivante à Grenoble, avec la naissance du Réseau national des collectivités pour l’habitat participatif, coordonné par Alain Jund, et fort aujourd’hui de plus de 40 membres : villes, communautés d’agglomération, communautés urbaines, départements et régions. Ce réseau recense environ 200 projets. L’alternance politique nationale de 2012 a offert un nouveau tremplin, avec la création d’un groupe de travail rattaché au ministère du Logement. Cinq strasbourgeois figurent parmi la quarantaine de membres : Alain Jund, le député Philippe Bies, le directeur du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement Jean-Marc Biry, le collectif Eco-Logis et la coopérative d’HLM Habitat de l’Ill.

Quatre projets menés par ce bailleur local – trois en accession, un en locatif social – confortent la dimension sociale de l’habitat participatif. Cette dimension ressort également de la participation d’Habitat et Humanisme, spécialiste du logement d’insertion, dans un autre projet strasbourgeois en phase de démarrage.

« Dans le futur quartier Danube où le prix moyen du m2 avoisine les 4000 euros, les 14 appartements de l’immeuble EcoTerra atteindront 2900 à 3000 euros du m2 », annonce Laurent Kohler, directeur d’Habitat de l’Ill. Les futurs propriétaires et le bailleur social ont contribué à la rédaction d’une charte définissant leurs obligations réciproques. L’agence d’architecture DWPA conçoit le projet avec les futurs habitants, qui accéderont à la propriété dans le cadre de ventes en l’état futur d’achèvement. Avec ses murs en terre crue, Ecoterra illustre le potentiel d’innovation technique et environnemental de l’habitat participatif.

 

Effet d’entraînement

 

Pour les autopromoteurs qui s’engagent sans l’assistance d’un bailleur social, la course d’obstacles juridiques et financiers se révèle ardue : « Nous comptons sur le statut légal des groupes d’autopromotion, mais aussi sur la communication qui accompagnera la promulgation de la loi, pour faciliter les négociations avec les banques et les notaires », confie Laura Wreysen, membre du groupe « Melting Potes ».

Composé de quatre familles lauréates du second appel à projets de la ville, ce groupe rédige actuellement les statuts d’une société civile immobilière d’attribution, qui négociera les emprunts. « Des portes ouvertes de l’habitat participatif devraient contribuer à la circulation de l’information sur les nouvelles dispositions législatives », espère Laura Wreysen.

Le mouvement naissant espère un effet d’entraînement qui dépasse largement sa part de marché. « La reconnaissance légale de l’habitat participatif contribuera à faire évoluer les autres modes de production du logement, dans un sens plus favorable à l’écoute des habitants », estime Alain Jund.

 

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  • sebastienPR - Le

    Très bonne initiative

    Je trouve que c’est une très bonne initiative et que c’est bien que la Ministre soutienne ce genre de projets. Mais comment le gouvernement décidera de soutenir ces investisseurs ? Si un dispositif fiscal est une bonne alternative (crédit ou réduction d’impôt), d’autres dispositifs pourraient voir le jour. Dans tous les cas les investisseurs devront se poser la question de la viabilité dun tel projet ainsi que de sa rentabilité. A part s’il s’agit plutôt d’une accession à la propriété, en résidence principale. A suivre. Seb.
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