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Emploi des seniors : un industriel du BTP montre l’exemple
POUTHIER Adrien | 22/04/2008 | 20:34 | Industrie/Négoce
Alors que le ministre du [...]
Alors que le ministre du Travail s’attaque au dossier de l’emploi des seniors, coup de projecteur sur la démarche innovante de l’entreprise KP1, qui aurait dû recevoir la visite du Président de la République mardi.
Nicolas Sarkozy aurait dû venir visiter l'usine KP1 de Pujaut dans le Gard ce mardi, dans le cadre d'un déplacement consacré à l'emploi des seniors. On lui aurait alors expliqué que c'est ici que le leader français du marché des systèmes constructifs préfabriqués en béton précontraint et des solutions planchers pour le bâtiment, a initié sa politique de recrutement privilégiant la motivation et la mixité des âges.
Mais détourné en chemin par la mort d'un senior illustre, le Président de la République ne viendra pas.
Ce qui n'empêchera bien évidemment pas KP1 de poursuivre, à Pujaut et dans une vingtaine d'autres sites du groupe, sa politique dite de "transfert des savoir-faire de l’expérience".
C'est fin 2004 que Philippe Gensana, directeur de l'usine de Pujaut est approché par le cabinet Itaque, porteur du projet Equal, un projet européen en faveur de l’emploi des seniors. A l'époque, Philippe Gensana est confronté à un "problème de génération" dans son unité "poutrelle". "Les anciens se sont trouvés face à un nouveau process automatisé "Poutrelles Leader" qu'ils avaient du mal à appréhender", raconte Philippe Gensanna. "Les plus jeunes en revanche se l'appropriaient plus facilement. Mais ils manquaient du tour de main pour le béton."
Compte tenu du vieillissement du personnel, des difficultés de recrutement dans le secteur mais aussi et surtout de l'importance du savoir-faire individuel de chaque collaborateur sur lequel reposent de nombreux process de fabrication de KP1, Philippe Gensana n'a alors pas de mal à convaincre le groupe de lancer une politique de transfert des compétences.
Une méthodologie précise est adoptée: les compétences clés sont identifiées dans chaque atelier de l’usine; puis c'est au tour des "porteurs" de ces savoirs, parmi lesquels on choisit ceux qui seront chargés de mettre en oeuvre leur transfert, hors notion d’âge et/ou de hiérarchie. Certains seniors ont ainsi reçu une formation de tutorat. Enfin, on crée des "bancs d’écoles" permettant à ceux qui en ont besoin d’apprendre en situation réelle de production. "La méthode de Pujaut" a essaimé sur une vingtaine d'autres sites du groupe. Au total, une centaine de salariés de KP1 bénéficie de ce "transfert". Et à Pujaut même, 25 personnes, dont vingt sur les 200 que compte la production, sont concernées par cette démarche. Le plus âgé de ces “tuteurs transmetteur du savoir” a 60 ans. Michel Nardone directeur des Ressources Humaines de KP1 tire évidemment un bilan extrêmement positif de cette démarche : "Ca nous permet d'une part de conserver notre savoir-faire. D'autre part, ça valorise nos seniors en apportant un regain d'intérêt à leur fin de carrière notamment parce que le transfert de compétences se fait dans les deux sens : nos ouvriers expérimentés apprennent aux plus jeunes les tours de main et acquièrent auprès des plus jeunes de nouvelles compétences technologiques. Nous avons été les pionniers et je suis satisfait de voir que d'autres entreprises s'y mettent à leur tour." Cette action, qui a bénéficié de fonds provenant du Fonds Social Européen (FSE), a d'ailleurs été reconnue au niveau de la Branche Industrie du Béton.
En 2007, 250 nouveaux collaborateurs ont rejoint KP1, dont 10% de plus de 50 ans. Et aujourd'hui 12% des effectifs ont plus de 55 ans. Mais Michel Nardone se défend d'avoir une politique de recrutement axée sur les seniors. "Nous n'avons pas une politique de recrutement liée à l'âge mais liée aux compétences. Je ne suis pas favorable à la politique des quotas quels qu'ils soient."
Le ministre du Travail Xavier Bertrand non plus, qui a déclaré mardi qu'il travaillait "à des pistes précises pour l'amélioration de l'emploi des seniors."
Nicolas Sarkozy aurait pu lui en ramener de Pujaut.
Ce sera pour une prochaine fois.
Adrien Pouthier
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