Interview
Jean Lardin, président de la Capeb : « L’éco-PTZ est notre bouée de sauvetage en 2009″
Propos recueillis par Julien Beideler, Patrick Piernaz et Françoise Vaysse | 16/04/2009 | 19:11 | Entreprises de BTP
La Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), qui réuni son assemblée générale ce vendredi 17 avril à Paris, mise sur l’éco-prêt à taux zéro pour limiter le ralentissement de l’activité. La condition du succès : que les banques jouent le jeu rapidement. L’objectif : mailler le territoire avec 30.000 ECO Artisans.
Quel constat faites-vous sur l'évolution de l'activité en ce début 2009 ? Maintenez-vous votre prévision de baisse de 3 à 4 % sur l'année ?
Même s'ils rencontrent moins de difficultés que les entreprises grandes et moyennes qui travaillaient exclusivement dans le neuf, les artisans du bâtiment sont évidemment touchés eux aussi par la crise. La répartition de leur portefeuille d'activités entre l'entretien-réhabilitation des logements et le neuf, résidentiel ou non, la multiplicité des secteurs d'activité pour lesquels ils travaillent - l'agriculture, les collectivités locales... - les rend un peu moins vulnérables que les entreprises mono activité. L'arrivée de l'éco-PTZ et les ressources complémentaires affectées à l'Anah dans le cadre du plan de relance devraient pouvoir soutenir l'activité au second semestre de l'année 2009.
Si l'éco-PTZ est mis en œuvre rapidement, j'espère que nous limiterons à 3 ou 4 % le recul de l'activité, comme nous le prévoyions en début d'année. L'éco-PTZ est notre bouée de sauvetage de 2009. Et les années suivantes.
Avez-vous senti un mouvement de reprise en janvier, sous l'effet du doublement du prêt à 0 % dans le résidentiel neuf ?
En novembre, nous espérions pouvoir terminer l'année avec une petite croissance de + 0,5 %. Le mois de décembre a été catastrophique et la chute d'activité a été brutale. Nous avons fini l'année à 0 en valeur mais en entretien-réhabilitation, nous étions à - 2 % au quatrième trimestre 2008.
Au mois de janvier, nous n'avons pas senti de frémissement mais les banquiers ont commencé à desserrer les taux. Le doublement du prêt à 0 % est spectaculaire dans son annonce cependant les seuils qui l'entourent sont tels que, dans la réalité, il ne va pas toucher la plus grande masse des acheteurs potentiels. D'autant plus que la question du coût du foncier n'est pas réglée.
Néanmoins, début février, le téléphone a recommencé à sonner dans les entreprises. On nous demandait des devis mais nous n'avons pas ressenti de véritable mouvement prometteur sur la prise de commandes.
Ne craignez-vous pas que les banquiers ne fassent pas preuve de zèle, compte tenu de la faiblesse de leurs marges sur l'éco-PTZ ?
Le gouvernement a engagé les banquiers à jouer le jeu avec la signature de la convention sur l'éco-PTZ le 26 février dernier et, dès le mois de mai, tout client qui le demande doit donc se voir proposer un éco-PTZ. De notre côté, nous nous préparons à bien maîtriser toutes les possibilités de travaux qu'offre l'éco-PTZ, à savoir les bouquets de travaux, la performance globale et les travaux d'assainissement non collectif. Les professionnels, comme les ménages, comptent sur l'implication des banquiers pour atteindre ensemble les objectifs du Grenelle de l'environnement.
Après les décisions de l'Europe et les assurances du chef de l'Etat, êtes-vous rassuré sur le devenir de la TVA à 5,5 % dans la rénovation des logements au-delà du 31 décembre 2010 ?
Il est effectivement indispensable que le gouvernement français, suite à la décision européenne, prévoie les dispositions nécessaires à la pérennisation de la TVA à 5,5 % au-delà du 31 décembre 2010. Ce sont bien 2 milliards de travaux par an et 66 000 emplois qui sont à préserver dans le bâtiment.
Ne redoutez-vous pas une hausse des prix des produits industriels concernés par les bouquets de travaux ?
Les industriels ont déjà ajusté leurs prix. Dès décembre et janvier, les fournisseurs, tous secteurs confondus, nous ont annoncé des hausses. Le prix de l'énergie s'est effondré mais la baisse n'a pas été répercutée et un certain nombre de matériaux continuent d'augmenter. Les industriels se refont une santé. Si c'est pour financer des investissements productifs, on peut dire que c'est une anticipation ; mais si c'est pour augmenter leurs marges, je me pose des questions sur le libéralisme économique. Comme tout le monde, d'ailleurs, en ce moment.
Ce dossier relève de Bercy et de la Direction générale de la concurrence. Ils sont alertés. Il existe un suivi des accords commerciaux par les autorités en charge de la concurrence, dans le cadre de la LME. Mais il faut du temps pour instruire ce genre de dossiers.
N'est-il pas hasardeux, dans ce contexte, de considérer l'éco-PTZ comme une bouée de sauvetage ?
Je ne boude pas la mesure. La bouée n'est pas percée. Ni poreuse. Par contre, je n'en ai qu'une et elle est soumise en grande partie à la responsabilité des banques. Car, pour ce qui est des entreprises, nous faisons le nécessaire.
Retrouvez la totalité de l'entretien dans "Le Moniteur" du 17 avril.
éco PTZ