Entreprises de BTP

Le BTP s’ouvre à l’économie circulaire

Mots clés :

Démarche environnementale

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Entreprise du BTP

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Administration

Réutilisation, écologie industrielle, économie de la fonctionnalité et, bien sûr, recyclage : l’économie circulaire, priorité du gouvernement, est en passe de modifier la façon d’envisager la construction.

Le schéma traditionnel de l’économie linéaire « extraire, fabriquer, consommer, jeter » a vécu ! Vivent les « 3 R » – pour réduire, réutiliser, recycler – du modèle de l’économie circulaire ! C’est le message que le gouvernement souhaite faire passer via la loi de programmation sur la transition énergétique, attendue en Conseil des ministres en juillet et dont l’économie circulaire constitue l’un des quatre piliers. Via aussi les premières Assises de l’économie circulaire qui se sont tenues le 17 juin à Paris.

Mais quelles opportunités nouvelles ce système économique imaginé pour minimiser les prélèvements de ressources et les émissions polluantes peut-il proposer aux acteurs du secteur de la construction ? Comme le remarque Laurent Chateau, ingénieur au service Prévention et gestion des déchets de l’Ademe, « on a tendance à réduire le concept d’économie circulaire au seul recyclage ». Or, comme l’a très pédagogiquement défini l’Ademe (voir schéma ci-dessous), le recyclage est l’ultime recours de la boucle fermée de l’économie circulaire, celui auquel on se résout lorsque les étapes précédentes n’ont pu aboutir.

 

 

L’économie de l’intelligence face à la rareté

 

Avant de recycler, il s’agit donc d’imaginer les manières de maximiser la durée d’usage d’un produit ou d’un ouvrage. C’est là que l’économie circulaire, qui est « l’économie de l’intelligence face à la rareté », comme l’analyse François-Michel Lambert, député et président du jeune Institut pour l’économie circulaire (voir focus ci-dessous) ouvre un champ de possibilités et d’innovations pour le BTP.

Tout démarre par l’écoconception. La notion, déjà bien implantée chez les industriels (voir témoignages ci-dessous) et les concepteurs, consiste à chercher à minimiser les impacts environnementaux (matière, énergie, pollution et déchets) tout au long de la vie d’un produit ou d’un ouvrage, et ce dès la phase de conception. Certains poussent l’idée jusqu’au bout. Coordonné par le réseau des centres techniques industriels (1), le projet Démodulor explore la voie de la démontabilité des bâtiments. En imaginant de nouvelles techniques d’assemblage et des outillages adaptés, qui permettraient notamment de concevoir des éléments de gros œuvre démontables – comme les planchers ou les murs porteurs ! -, les partenaires du projet veulent faciliter la déconstruction ou la rénovation des ouvrages.

Ce démontage « propre » favoriserait évidemment le tri sélectif sur le chantier, et ouvrirait aussi la voie au réemploi et à la réutilisation des déchets. Ces deux concepts clés de l’économie circulaire trouvent une illustration claire dans « Répar », un autre projet pilote. Soutenu par l’Ademe et Plaine Commune, le collectif d’architectes Bellastock s’est penché, à l’occasion de la transformation d’une friche industrielle de l’île-Saint-Denis en écoquartier, sur les principes de réemploi de matériaux in situ. Une partie des matériaux issus de la déconstruction d’ateliers est réutilisée pour les aménagements du quartier. Concrètement, « les sprinklers déposés sont réemployés dans la structure de lampadaires, et les bétons des poutres porteuses sont découpés pour constituer des pavages extérieurs », illustre Laurent Chateau.

Outre ces démarches expérimentales qui ouvrent les perspectives, certaines branches du BTP ont depuis longtemps intégré la logique de l’économie circulaire. C’est le cas de la filière béton où, depuis la carrière qui cherche à valoriser toute sa production (dont les coproduits) jusqu’au matériau béton, qui se recycle de mieux en mieux, en passant par l’industrie cimentière qui utilise les déchets des autres comme combustible, la quasi-totalité des sept axes de développement de l’économie circulaire est déployée. « Notre filière est d’autant plus intégrée dans l’économie circulaire qu’elle est ancrée dans une dimension géographique locale et fait appel à des boucles économiques courtes », commente Didier Riou, président de l’Unicem. La preuve que l’économie circulaire peut être mise à profit par les entreprises.
Reste maintenant à la puissance publique, gouvernement et collectivités locales, à donner l’impulsion et à promouvoir dans les faits ce qui s’apparente à un véritable changement en profondeur de la société.

 

Economie circulaire : déjà des déclinaisons dans le BTP

 

Entretien - Avis d'expert

Ecoconception - Jean-Michel Rossignol, responsable environnement du groupe Legrand.

« Les profils environnement produits (PEP) du programme PEP Ecopassport sont les cartes d’identité environnementales des équipements électriques, électroniques et de génie climatique. Basés sur l’analyse du cycle de vie (ACV) et répondant aux normes internationales les plus pointues, ils constituent un socle d’informations sur les impacts environnementaux des différentes phases du cycle de vie des produits, de leur fabrication à leur recyclage. Si l’ACV permet l’optimisation environnementale des produits, les PEP ont un champ d’application plus large. Ils sont structurés pour pouvoir s’intégrer dans une démarche globale d’écoconception des bâtiments. Ils sont ainsi préconisés par les référentiels Green Building, HQE et Leed. Aujourd’hui, 47 % de notre chiffre d’affaires provient de produits disposant de PEP. Nous visons les deux tiers d’ici à 2018. »


Entretien - Avis d'expert

Ecologie industrielle - Laurent Blériot, directeur de SGA, filiale d’Eiffage TP

« Depuis 2004, nous traitons et valorisons les laitiers coproduits par l’aciérie d’ArcelorMittal à Dunkerque. Notre installation est située sur le site de l’usine. Dans un premier temps, nous séparons les parties métalliques des laitiers – qui sont réinjectées dans le process de l’aciérie – des parties minérales que nous pouvons valoriser. Nous avons défini deux filières de valorisation. La première consiste à vendre les laitiers comme granulats de substitution pour les sous-couches routières ou les remblais paysagers (600 000 à 700 000 tonnes par an). La seconde filière, à plus forte valeur ajoutée, consiste à transformer ces laitiers d’aciérie en liants hydrauliques routiers : moulus, associés à des laitiers de hauts-fourneaux granulés, nous en vendons 40 000 à 50 000 tonnes par an sous le nom de Sidmix. »


Entretien - Avis d'expert

Economie de la fonctionnalité - Matthieu Colléter, directeur général adjoint Opérations de Soper

« Notre société Soper développe une activité de tiers financement de production d’énergies renouvelables. Le principe est simple : nous proposons à nos clients (industriels, constructeurs, etc.) d’investir à leur place dans le système de production d’énergie d’origine renouvelable – panneaux solaires thermiques notamment – nécessaire à leurs besoins. Le client s’engage sur la quantité d’énergie qu’il envisage de consommer pendant une période donnée et, de notre côté, nous lui garantissons la mise à disposition de ces kWh pendant toute la durée du contrat. Nous nous chargeons ensuite de développer, financer, construire et exploiter le système : le client peut ainsi se concentrer pleinement sur son cœur de métier. Au final, nous lui vendons de l’économie d’énergie et de carbone. »


Entretien - Avis d'expert

Réemploi - Felipe Urrutia, directeur des ventes d’Ironplanet pour l’Europe

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« Ironplanet est un site Internet dédié à la vente aux enchères de matériels d’occasion. L’avantage de notre modèle économique basé uniquement sur l’Internet réside dans le fait qu’il n’est plus nécessaire de transporter le matériel vers un lieu de vente. La machine part directement du vendeur chez l’acheteur. C’est un raccourcissement de la chaîne. Aujourd’hui, le marché se segmente selon les normes régionales imposées aux matériels. En Europe, ces normes ont rendu les moteurs plus coûteux et plus fragiles si bien qu’il devient de plus en plus difficile d’expédier les machines de seconde main vers les pays en voie de développement comme c’était le cas auparavant. A terme, je pense que les machines européennes resteront en Europe pour leur seconde vie. Les passages d’un continent à l’autre vont se réduire. »


Entretien - Avis d'expert

Réutilisation - Sophie Hussein Hulin, directeur Vente et marketing service, Bergerat Monnoyeur

« Bergerat Monnoyeur est le représentant pour la France des engins de chantier Caterpillar. Nous proposons, à ce titre, un service : le Cat Certified Rebuild. Il consiste à remettre une machine à neuf pour lui donner une seconde vie. L’engin est désossé en atelier ; ses organes partent dans un centre de rénovation. Là, moteur, boîte de vitesses, convertisseur sont soigneusement démontés, inspectés, réparés. Puis la machine est remontée. L’opération prend deux mois. Arrivée avec plus de 10 000 heures au compteur, la machine repart pour une nouvelle vie avec trois ans (ou 6 000 heures) de garantie. C’est une offre qui séduit de plus en plus et s’inscrit dans une démarche globale de recyclage. L’intervention coûte entre 30 et 50 % du prix d’une machine neuve. 50 %, c’est un seuil au-delà duquel la rénovation perd de sa pertinence. »


Entretien - Avis d'expert

Recyclage - Jean-Louis Bravet, chargé de mission à la direction « Environnement Vitrage » de Saint-Gobain.

« Avec nos partenaires Lapeyre et Paprec, nous avons récemment lancé une filière de recyclage du verre plat des fenêtres, car aujourd’hui ce verre n’est revalorisé qu’à 5 %. L’étape la plus complexe n’est pas le recyclage du verre en lui-même, dont nous maîtrisons le process, mais la collecte des fenêtres : les entreprises de déconstruction et les menuisiers ignorent bien souvent que cette filière existe. Lapeyre, qui participe à cette collecte, leur propose de reprendre les fenêtres. Une fois collectées, les fenêtres sont démontées industriellement par Paprec. Nous récupérons alors le verre, sous forme de calcin, pour l’intégrer dans notre process de production. Notre objectif est de recycler plusieurs milliers de tonnes dans les années à venir. »

Focus

François-Michel Lambert, député et président de l'Institut de l'Economie circulaire - « Pour favoriser l’économie circulaire, le levier le plus efficace est la fiscalité »

En quoi l’économie circulaire peut-elle s’avérer vertueuse pour le BTP ?

Les entreprises de construction sont amenées à utiliser beaucoup de ressources. Les tensions existent déjà sur certaines d’entre elles, et il est inéluctable que le phénomène ira en s’amplifiant. Or, l’économie circulaire, c’est justement l’économie de l’intelligence face à la rareté. Il nous faut donc apprendre à utiliser le juste nécessaire, apprendre à récupérer et régénérer les matières, le tout via des boucles locales courtes. Pour des raisons économiques d’optimisation, le secteur du BTP a depuis longtemps intégré certaines de ces pratiques. Mais de nombreuses pistes restent à explorer.

Quelles sont ces pistes ?

Il faut par exemple inventer les technologies et mettre en place les filières qui permettraient de recycler les 50 % de matériaux issus du bâtiment qui ne le sont pas encore aujourd’hui. Mais le recyclage ne suffit pas. Il faut pousser d’autres concepts, comme celui d’économie de la fonctionnalité, qui consiste à ne plus vendre un produit mais l’usage d’un produit. Le fournisseur a alors intérêt à exploiter au mieux et à prolonger au maximum sa durée de vie. Il faut aussi mener une réflexion sur l’intensification des bâtiments : pourquoi ne pas imaginer que des locaux sous-utilisés puissent être affectés à d’autres usages sur certaines périodes ? Les pistes sont nombreuses mais leur valorisation se heurte à la réalité.

Quelle est-elle ?

Aujourd’hui, nous sommes incapables de valoriser les externalités positives de ces solutions. Les appels d’offres publics les écartent quasi systématiquement pour des raisons de prix d’achat à court terme. Je suis persuadé que, pour favoriser l’économie circulaire, le levier le plus efficace n’est pas la norme mais la fiscalité. Les taux de TVA sur les produits recyclés devraient évidemment être plus bas que sur les produits « neufs ».

(1) Associant le Cerib, le CTICM, le CTMNC et le FCBA, et soutenu par l’Ademe.
Source : ministère de l’Ecologie.
Source : Fondation Helen McArthur.

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