Entreprises de BTP

Le formaldéhyde, un cancérogène dont on ne sait pas – encore – se passer

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Bois

Le 27 mars avait lieu, à Paris, un colloque sur l’exposition professionnelle au formaldéhyde dans les industries du bois et de la construction. L’occasion pour la filière de faire le point sur les moyens de prévention existant contre ce risque professionnel à effets différés.

Depuis 2004, le formaldéhyde est classé « cancérogène » par le centre international de recherche sur le cancer. Or, c’est un produit auquel sont confrontés de nombreux salariés de la filière bois, car il intervient dans la composition de colles et de liants utilisés dans la fabrication de panneaux de bois, d’éléments de charpente et de menuisiere. L’enquête Sumer 2003 évaluait à 10 544 le nombre de salariés en France, travaillant dans le secteur de la construction, à être exposés au formaldéhyde ou aux résines en contenant. Le risque existe également par inhalation de poussières lors du perçage ou de la découpe de ces panneaux.

C’est pour lutter contre ce risque professionnel que l’Institut national de recherche et de sécurité et plusieurs partenaires (1) organisaient, dans les locaux parisiens de l’institut technologique forêt cellulose bois-construction ameublement (FCBA), un colloque sur le sujet, devant plus de 130 personnes. « Aujourd’hui, le nombre de maladies professionnelles liées au formaldéhyde n’est pas très élevé, a expliqué Yvon Créau, de la Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés. Mais nous nous intéressons au suivi de ce risque, car il est à effets différés. » D’autant que, pour l’instant, on ne sait pas comment substituer le formaldéhyde. « Aucune ‘solution miracle’ ne peut être proposée, ni sur un plan prospectif, ni encore moins sur un plan industriel », a expliqué Camille Demaille, de la société de recherche Rescoll.

 

Des niveaux de concentration qui dépassent les seuils près des presses de panneaux

 

Le lieu où les salariés semblent le plus exposés sont les chaînes de fabrication de panneaux de bois. En aval d’une presse utilisée pour la fabrique de ces panneaux, il a ainsi été mesuré des niveaux de concentration dépassant la valeur limite d’exposition professionnelle (1,23 mg/m3, alors que la VLEP long terme est à 0,61). Des résultats qui, à en croire Yves Rieul, de la CFE-CGC, sont peut-être sous-estimés, dans la mesure où certains fabricants de panneaux font tout pour limiter les émissions avant une campagne de mesure…

« Les solutions de prévention sont l’installation d’une hotte qui vient cantonner la presse, explique Daniel Bertrand, préventeur à la caisse régionale d’assurance-maladie et de la santé au travail d’Aquitaine. Il faut alors installer des extracteurs d’air au-dessus des volumes cantonnés. Un système d’introduction d’air neuf doit aussi être ajouté pour assurer une compensation. » Il est également possible d’installer des buses injectant de l’air près des lieux d’émissions pour repousser les gaz, ce qui permet de diminuer par trois les mesures aux postes de travail exposés. Mais, ici encore, aucune solution miracle n’existe : « Chaque situation est à étudier au cas par cas », observe Daniel Bertrand.

 

Vers une interdiction du formaldéhyde ?

 

Les efforts de la profession pour diminuer ce risque ne datent pas d’hier, à en croire Jacques Ferling, délégué général du fabricant de panneaux Kronofrance. « En vingt ans, nous avons divisé par cinq la quantité de formol utilisée dans la fabrication des panneaux », explique-t-il. Ce qui n’empêche pas certains acteurs, comme Philippe Jandrot de l’INRS, d’envisager à terme une interdiction du formaldéhyde. « La notion de cancérogène à effet de seuil paraît fragile et pourrait disparaître », estime-t-il. Une décision qui entraînerait probablement une montée en puissance de la recherche pour trouver une solution de substitution. D’autant que la présence de formaldéhyde dans les matériaux de construction bois touche égalemement à la question de la qualité de l’air intérieur.

 

 

(1) La Caisse nationale d’assurance-maladie des travailleurs salariés, l’Union des industries de panneaux de process, l’Union nationale des industries françaises de l’ameublement, l’Union des fabricants de contreplaqué, la Fédération de l’industrie bois-construction et le Comité professionnel de développement des industries françaises de l’ameublement et du bois.

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