Entreprises de BTP

Comment l’application de la RT 2012 impacte l’organisation de chantier

Les plâtriers et plaquistes de l’UMPI, réunis en congrès les 11 et 12 octobre à Strasbourg, ont échangé sur l’impact de la RT 2012, sur leur métier et sur leurs chantiers. Sont notamment apparus de nouveaux points de crispation avec la maîtrise d’œuvre.

Bannissons le mot crise, mais parlons plutôt de mutation. Ce pourrait être résumé l’état d’esprit qui régnait au congrès des plâtriers et des plaquistes de l’UMPI. Car le métier évolue autant par la mise en place de nouvelles réglementations, que par l’apparition de nouveaux produits ou encore par l’arrivée d’une nouvelle génération de compagnons.  « Nous devons instaurer dans les entreprises de nouveaux modèles économiques, sociaux ou environnementaux », a d’ailleurs rappelé Philippe Caillol, tout juste réélu pour un 3ème mandat à la tête de l’union professionnelle. Les trois ateliers de travail organisés (« produits et réglementations », « marchés et clients », et « les entreprises et les hommes ») ont permis de soulever  un certain nombre de problématiques rencontrées quotidiennement et d’avancer quelques pistes.

Parmi les problématiques traitées :
- RT 2012 : nouveau partage des responsabilités;
- Une nouvelle mission : l’étanchéité à l’air ;
- Isolation thermique : + d’épaisseurs = + de déchets;
- Qualité de l’air : une problématique à ne pas sous-estimer.

 

 


RT 2012 : nouveau partage de responsabilités


Tout d’abord, un constat : la RT 2012 impose des exigences de plus en plus fortes  et un transfert d’une obligation de moyens à une obligation de résultats avec une performance globale du bâtiment, mettant au premier plan les métiers du Plâtre et de l’Isolation.
Ces derniers  deviennent alors plus techniques et plus complexes, au même niveau que les climaticiens, a-t-on entendu dire lors d’un atelier ; « nous devons être des experts, ce qui nous oblige à avoir un bureau d’études, mais on a du mal à répercuter ses coûts ».

S’ils connaissent tous les exigences de la RT 2012, les plaquistes estiment que c’est loin d’être le cas des autres corps d’état du second œuvre et, surtout  de la maîtrise d’œuvre qui n’a pas encore une vision claire et précise des enjeux et de leur conséquence sur le quotidien. Conséquence : les plaquistes se sentent devenir “le gros œuvre du second œuvre” avec la responsabilité finale de ces nouvelles exigences réglementaires. Ils aimeraient  que les réunions de préparation chantier et de synthèse, toujours plus nombreuses, démarrent  bien en amont de leur intervention pour que tous les intervenants qui passent après leur prestation (électricien, plombier..) soient bien informés de  leur périmètre de mission et de leur responsabilité. Dans le même esprit, les traversées de cloison posant  problème,  ils souhaitent connaître les plans à l’avance et que ces derniers ne changent pas en cours de route.

Compte tenu de ces responsabilités croissantes, il faut aussi que ces travaux de préparation et d’études en amont du chantier soient véritablement reconnus et justement rémunérés. « Une solution serait de s’inspirer des entreprises de maçonnerie qui chiffrent leurs frais d’études techniques », évoque un des participants.

 

 

Une nouvelle mission : l’étanchéité à l’air

 

En ligne de mire, l’étanchéité à l’air, un sujet « stressant » pour la plupart des professionnels qui font office de maître d’œuvre sans en récolter les fruits. Selon eux, il s’agit du point le plus complexe à traiter et le moins connu des maîtres d’ouvrages et des maîtres  d’œuvre, qui considèrent que c’est aux plaquistes qu’incombe la responsabilité de cette performance. « S’il y a des passages d’air, c’est nous qui serons montré du doigt », relève l’un des participants. Le défi est double : techniquement d’abord, car gérer les interfaces et le traitement des points singuliers (menuiserie, coffre de volets, pied et tête de closions, perforation des cloisons…) entraîne beaucoup de problèmes de planning, puis financièrement avec la question de savoir comment intégrer cette nouvelle prestation dans les devis.

Preuve par l’exemple : une entreprise qui avait suivi une formation sur l’étanchéité à l’air s’est vu confier cette prestation par un architecte, qui s’est  entièrement déchargé sur l’entreprise. « Nous avons  été bien au-delà de notre rôle, en organisant des réunions d’informations avec les autres corps d’état, en leur préparant un document adapté, en contrôlant les différentes phases de travaux. Et tout ceci, sans facturer la prestation à sa juste valeur », raconte la dirigeante de l’entreprise, qui poursuit : « cette expérience, toutefois mal rémunérée, a été bénéfique et nous allons poursuivre dans cette voie, car nous sommes persuadés que, du fait de notre métier, nous sommes responsables de l’enveloppe. Cette évolution des métiers va de pair avec une évolution des comportements coopératifs ».

Il s’agit d’une nouvelle mission et même d’un nouveau métier. Mais si cette prestation peut se négocier en maison individuelle, elle n’est pas inclue dans les appels d’offre et vu la tendance actuelle du moins disant, difficile voir suicidaire de la proposer, sauf en variante.
En conclusion, les plaquistes sont unanimes sur l’importance de la réception des supports et souhaitent qu’un test d’étanchéité à l’air intermédiaire, avant leur intervention, soit effectué. Ils demandent aussi que les Règles de l’art et documents officiels évoluent pour identifier les préconisations et les gestes nécessaires au respect de l’étanchéité à l’air.

 

 

Isolation thermique : + d’épaisseurs = + de déchets

 

L’augmentation des épaisseurs des isolants (doublages et laines minérales) a des conséquences sur le chantier : les produits sont plus lourds entrainant une pénibilité du travail et une diminution des rendements des compagnons. S’il fallait avant 2 palettes de  laines minérales pour isoler une maison standard (100/130 m²), il en faut désormais 5 ou 6 ! De même en isolation des plafonds, on atteint désormais facilement des épaisseurs de 400 mm contre 200 mm auparavant. Or le poids de la laine minérale n’est pas pris en compte dans les DTU et Avis techniques plafonds suspendus et la structure du bâtiment ne prévoit pas toujours l’intégration de telles épaisseurs. Il faut donc faire évoluer les documents pour prendre en compte le poids des isolants et alerter les maçons sur ce problème.

Qui dit plus de produits, dit plus d’emballage et de chutes de chantier (jusqu’à 10-15% parfois). La question du recyclage devient donc une vraie problématique, alors que le prix de la mise en déchetterie continue d’augmenter (le prix chez un collecteur peut désormais dépasser les 150 €/la tonne dans certaine région). Un point d’autant plus important que, compte tenu de cette production de déchets, les bennes PSE/ laine minérale sont parfois retirées  du compte prorata. La mise en place de filière de recyclage par les industriels est donc un élément positif et certains plaquistes souhaitent que les négociants s’investissent aussi dans cette voie.

 

Qualité de l’air : une problématique à ne pas sous-estimer

 

Même si la reconnaissance réglementaire de ce risque sanitaire s’affirme aujourd’hui, encore beaucoup d’entreprises estiment ne pas avoir de demandes de leurs clients. Certains plaquistes doutent  même de l’efficacité des produits dans le temps  et hésitent à  les prescrire.  A l’inverse, d’autres estiment que ces nouvelles gammes de produits permettent de se différencier et de vendre des produits à valeur ajouté. Une entreprise parisienne reconnaît même avoir perdu un marché de plafond en staff parce que son client a opté au dernier moment pour des solutions plaques de plâtre captant les COV. Des demandes aux industriels sont faites pour que le staff  bénéficie des mêmes performances.

Focus

La feuille de route de l’UMPI pour les prochaines années

Les modèles auxquels sont habituées les entreprises vont être bouleversés et les chefs d’entreprise, assaillis par leur quotidien, ont beaucoup de mal à s’y extraire. Pour les aider dans cette évolution, voire mutation, l’UMPI a redoublé d’efforts pour produire des outils d’accompagnement. Présentés lors du congrès, les deux derniers en date – le guide des Performances des ouvrages en plaque de plâtre et le guide Plâtrerie-Isolation pour l’établissement des descriptifs conçu en partenariat avec l’UNTEC – s’inscrivent dans cet objectif. Gageons qu’ils soient largement diffusés chez les entreprises adhérentes.
L’objectif de l’union professionnelle pour les prochaines années est d’épauler concrètement les entreprises du métier du plâtre et de l’isolation dans leur adaptation nécessaire. Son Président, Philippe Caillol, propose d’orienter désormais la démarche sur la formation et la sensibilisation, à travers plusieurs actions :
– la sensibilisation des compagnons et leur formation par la réalisation de modules très techniques et courts sur les thèmes de l’acoustique, l’incendie, l’accessibilité aux handicapés et les porteurs de réels marchés ;
– l’assistance au développement commercial. : savoir vendre différemment sera désormais un élément incontournable de la stratégie de l’entreprise ;
– l’aide à l’instauration de nouveaux modèles dans les entreprises ou en périphérie des entreprises, à travers la réalisation de modules de sensibilisation et de formation et la mise en place de lieux d’échanges et de partage d’expériences.

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