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Pourquoi la rénovation énergétique ne décolle pas ?

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Performance énergétique

D’après la Capeb, alors que le marché de la rénovation énergétique a progressé en 2011 de 4,5%, en 2012 il n’a crû que de 0,5%. 

L’objectif est là, on le sait, depuis la conférence environnementale et l’engagement du président François Hollande de 500 000 rénovations par an à l’horizon 2017. Mais les moyens n’y sont pas, ne cessent de répéter les intervenants des différents colloques sur l’efficacité énergétique organisés au fil des jours. Ne serait-ce tout simplement pas parce que les conditions de départ ne sont pas réunies ? Les mécanismes sont en place (éco-prêt à taux zéro, crédit d’impôt développement durable, certificats d’économies d’énergie) mais « personne ne comprend rien », s’est exclamé, mardi 2 juillet,Jérôme Gatier, directeur du Comité stratégique du Plan Bâtiment Durable, lors d’une table ronde organisée à Paris par le cabinet d’avocats Samman.

 

Pourtant, les raisons sont là d’aller de l’avant, bien identifiées par Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine où il dirige le Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières : l’efficacité énergétique peut être vue comme un « élément apaisant » face à l’intermittence de certaines énergies ; elle est une source d’économie gigantesque à en croire l’Agence Internationale de l’Energie, qui a chiffré à 400 milliards d’euros les économies annuelles que pourrait faire l’Union européenne à l’horizon 2035 ; elle est, enfin, une garantie face aux problèmes de sécurité énergétique que pourrait poser, à terme, à l’Europe, l’indépendance pétrolière et gazière des États-Unis, de ce fait moins enclins à protéger les routes du pétrole.

 

 

10 milliard d’euros de travaux par an jusqu’en 2030

 

 

« Pourquoi c’est difficile ?», s’est ensuite interrogé le professeur de Dauphine, remarquant au passage que la rénovation énergétique de l’université, « extraordinaire passoire thermique », demanderait 100 à 200 M d’euros d’investissement. Parce que le parc immobilier est hétérogène, à la fois sur le plan régional et dans le statut des occupants (locataires d’un bailleur social ou du privé,  propriétaires, etc), parce que la rénovation requière de l’expertise, dont ne dispose pas le citoyen, parce qu’enfin, et surtout, « nous sommes en crise profonde ». A 20 000 euros par logement, les 500 000 rénovations voulues par le chef d’État représentent une dépense de 10 mds d’euros par an jusqu’en 2030, « un ordre de grandeur tout à fait considérable, qui peut interroger la puissance publique et les ménages. Cet argent va manquer ».

 

 

Des prix de l’énergie trop bas

 

 

« La question économique reste la première », estime à son tour Bruno Bensasson, directeur GDF Suez Energie France. Mais c’est aux prix de l’énergie qu’il se réfère ici, « trop bas pour enclencher la transition. Il faut un juste prix de l’énergie, qui reflète son coût pour inciter à faire des économies », ajoute-t-il avant d’aller plus loin : « la question de la fiscalité devrait être soulevée », note-t-il, observant qu’elle est « importante dans le champ des carburants », ce qui explique que les Français consomment relativement peu par rapport à leurs homologues américains ou allemands. « Alors que sur les énergies résidentielles, il y a peu de fiscalité et même parfois des tarifs inférieurs aux coûts, une forme de subvention ». « Pour le passage à l’acte », il préconise que les citoyens soient « mieux informés, mieux coordonnés, mieux incités ».

 

 

Des consommateurs passifs

 

 

Si la représentante des consommateurs qu’est Françoise Thiébault, secrétaire générale des associations familiales laïques de Paris (et membre du Conseil Supérieur de l’Energie) acquiesce : « il va bien falloir trouver une façon d’augmenter raisonnablement les tarifs », elle avance aussitôt l’idée de compensations, « sinon on donnerait une image déplorable de la transition ». Mais, pour elle comme pour d’autres intervenants, la complexité crée aussi la défiance. « C’est un secteur extrêmement difficile à comprendre, nous ne sommes pas des polytechniciens », s’exclame-t-elle, reprochant aux « dispositifs certainement intelligents » qui existent de n’avoir pas réussi à « rendre le consommateur acteur de ses économies d’énergie ».

Quant au sujet clé du financement, les points de vue convergent que résume Bruno Bensasson : « nous n’avons pas toutes les solutions aujourd’hui pour toutes les situations ». L’attente est grande, dans ce contexte, du rapport de la mission Ducret, initialement promis pour juin, et dont l’objectif est d’identifier des financements susceptibles de « répondre à l’ambition de hisser aux meilleures normes énergétiques 500 000 logements (dont 380 000 logements privés) par an dès 2017, à un coût maîtrisé pour les finances publiques », selon les termes de CDC-Climat, dont Pierre Ducret est le p-dg.

« On peut se réjouir ou se lamenter en regardant à côté », tente de rassurer Patrice Geoffron. De plus en plus d’observateurs se montrent mitigés sur l’état d’avance de l’Allemagne dans ce domaine. Quant au Royaume-Uni où a été déclinée dès 2000 l’ambition d’éradiquer la précarité énergétique, il est manifeste que celle-ci a plutôt tendance à augmenter. Il est un peu tôt pour évaluer le Green Deal lancé en début d’année, estime le professeur, mais d’autres intervenants n’hésitent pas à évoquer un Big Bang qui s’est transformé en « Big Plouf »…

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  • Etienne Chauvin - Le

    Vous ne comprenez rien aux aides?

    Appelez votre conseiller Info>Energie : 0 810 060 050 Ce ne sont pas des polytechniciens mais c’est leur métier de conseiller les particuliers sur les aides liées à la rénovation thermique.
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