Energie

Financer la transition énergétique : des « niches écologiques » à l’épargne populaire

Ce n’était ni le premier ni le dernier des colloques qui seront organisés les prochains mois sur le financement de la transition énergétique, mais celui orchestré le 21 novembre par la BPCE a eu plusieurs mérites, notamment de rappeler les défis et de dresser la palette des solutions. La réponse, comme toujours, sera politique.

Avec un bilan consolidé de 1 190 milliards d’euros, une présence sur tous les secteurs et toutes les clientèles, le groupe BPCE (Banque Populaire, Caisse d’Epargne, Natixis et Crédit Foncier) « ne peut pas être absent de ce sujet, un enjeu social et économique majeur des années à venir », a observé son président du directoire, François Pérol, en ouverture de ce colloque.

« Nous sommes capables d’engager les moyens et d’être au plus près du terrain. Si le gouvernement veut des partenaires en la matière, nous répondrons présents ». Sans attendre, le groupe lance dès le 22 novembre une nouvelle marque Mirova, offrant des solutions d’investissement responsable sur huit thématiques, notamment les « bâtiments et villes durables ». Le pôle d’expertise éponyme se voit au premier rang en Europe dans les trois ans qui viennent.

 

Enjeu : 300 milliards d’euros sur 30 à 40 ans

 

Intervenant à sa suite pour la première fois depuis qu’elle a été chargée, il y a une semaine, par les ministres de l’Economie et de l’Ecologie, d’une mission sur le financement de la transition écologique, Dominique Dron souligne « le rôle crucial des investisseurs financiers », rappelant l’ampleur des enjeux dans le bâtiment : 300 milliards d’euros sur 30 à 40 ans. L’efficacité énergétique dans le bâtiment, « c’est une vedette des politiques françaises successives en matière de climat », observe-t-elle, mais « sur des infrastructures qui se finançent sur le manque à perdre que sont les économies d’énergie, les choses ne se font pas naturellement ». Sans rien dévoiler de la mission à laquelle elle vient de s’atteler, l’ancienne commissaire générale au Développement durable évoque néanmoins « le besoin d’une diversité de niches écologiques ».

Pour nombre d’experts présents ce 21 novembre, il faut, avant tout, un signal prix clair, sachant que l’énergie représente 9 % du panier de la ménagère, rappelle Michel Lepetit, président de Global Warning et trésorier de The Shift Project. Autre piste : mobiliser l’épargne des ménages, via les livrets A et Développement durable, les plans assurance-vie. Mais cela ne suffira pas, dit le même, appelant à une « création monétaire pure », comme la Banque d’Angleterre a commencé à le faire.

 

Donner de la visibilité

 

Le financement est une chose, la visibilité une autre : quatre réglementations thermiques en moins de 10 ans en France rendent « très difficile d’anticiper et planifier », observe Eric Donnet,directeur général adjoint et responsable gestion d’actifs, AEW France, qui gère les actifs de Natixis (immobiliers bureaux, tertiaires, logistique). A un coût qu’il évalue entre 200 et 250 euros le mètre carré, « une nouvelle RT représente un enjeu de 1,2 milliard d’euros à l’échelle de notre patrimoine avec une rentabilité négligeable ». Ce qui n’empêche pas son groupe d’être dans le « best practice » : « nous sommes passés, dit-il, d’un immobilier il y a cinq ans qui était de l’architecture esthétique à du design écologique ».

Autre inconnue aussi, celle du comportement. Le Crédit Foncier a ainsi mis en place un système qui permet de calculer l’économie d’énergie normative d’un bâtiment dont la norme efficacité énergétique est portée de la classe F ou G à la classe A ou B et de la répercuter sur l’enveloppe financière qui donne accès au crédit, explique son directeur général délégué développement commercial, Christophe Pinault. 600 dossiers ont vu le jour sur ce modèle en 2011-2012, permettant d’enclencher une démarche vertueuse. « Mais il y a une donnée que l’on ne maîtrise pas. Pour une maison de 100 mètres carrés, l’économie est de 70 à 80 € par mois en passant de la classe F à A, sauf si on pousse le thermostat de 20 à 22°… ».

 

Précarité

 

Reste quelques épines pour lesquelles « on ne voit pas de solution », rappelle André Joffre, p-dg de Tecsol, président du conseil d’administration de la Banque Populaire du Sud. Celle, notamment, du « logement diffus chauffé à l’électricité avec des personnes en précarité et non bancarisées ». Comment leur proposer un prêt à taux zéro ? Le sujet est lourd : 3 millions de personnes sont dans ce cas avec une consommation qui atteint les 700 kWh/an/m2, dit-il.

Ce dossier du financement de la transition énergétique, et de la rénovation thermique en particulier, n’a pas fini de faire couler de l’encre. Jusqu’à ce que les solutions soient trouvées pour « faire chanter la vie de demain de façon plus sobre », comme le dit, si joliment, l’ancien ministre Brice Lalonde, coordonnateur aux Nations Unies de la conférence Rio+20.

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