Energie

Pourquoi la mention « Reconnu Grenelle de l’Environnement » n’a t-elle pas encore séduit les entreprises du bâtiment?

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Entreprise du BTP

Depuis son lancement, il y a un an, le nombre d’entreprises portant la mention «Reconnu Grenelle de l’Environnement» n’a pas progressé. L’éco-avantage promis, qui viendrait bonifier les aides existantes pour les travaux réalisés par ces entreprises, sera-t-il le déclencheur du développement de ce signe de qualité ?

Le 9 novembre 2011, Philippe Van de Maele et Benoist Apparu, alors respectivement président de l’Ademe et ministre du Logement, lançaient la mention «Reconnu Grenelle de l’Environnement» (RGE). Visant à distinguer les entreprises formées sur les énergies renouvelables ou dans le domaine de l’efficacité énergétique, la mention est alors accordée aux entreprises déjà porteuses des marques proposées par la Capeb (EcoArtisans), la FFB (Pros de la performance énergétique), Qualit’ENR, Qualifelec et Qualibat. Environ 16 500 entreprises ont alors pu afficher la mention «Reconnu Grenelle de l’Environnement» sur leurs plaquettes, leur site internet ou leur camionnette.

Un an plus tard, le chiffre n’a pas évolué. Le nombre d’entreprises «RGE» qui se sont engagées dans la démarche cette année semble simplement avoir permis de compenser le nombre d’entreprises « RGE » au lancement ayant déposé le bilan. Le désintérêt actuel des professionnels du bâtiment pour ce nouveau signe de qualité pourrait s’expliquer, en partie, par  l’absence d’avantages en découlant directement.

Répartition des entreprises « Reconnues Grenelle de l’Environnement » en fonction des différentes certifications y donnant droit / Source : Qualibat, Ademe et Qualit’ENR

Dans l’attente d’un éco-avantage

La mention « Reconnu Grenelle de l’Environnement » était annoncée comme la promesse d’avantages à venir. La charte signée lors de son lancement indique que « l’Etat engagera les travaux pour la mise en place au 1er janvier 2014 du principe d’éco -conditionnalité pour les travaux de performance énergétique aidés dans le bâtiment, travaux qui devront alors être réalisés par les entreprises bénéficiant d’un signe de qualité « Reconnu Grenelle Environnement » ».

A l’époque, une étape intermédiaire est également annoncée aux entreprises.  Afin de les motiver à se tourner vers le nouveau signe de qualité, ces défenseurs indiquent que la mention doit, à partir du premier janvier 2013, ouvrir droit à une bonification des aides financières existantes. Mais ce privilège tarde à se préciser et les différents acteurs guettent toujours un signe des pouvoirs publics qui irait dans ce sens.

Pour Emmanuel Acchiardi, chargé de suivre, pour l’Ademe, l’évolution de la mention «Reconnu Grenelle Environnement», l’arrivée d’un éco-avantage  «ferait décoller» le nombre d’entreprises intéressées. Il note que c’est en Rhône-Alpes, région où les collectivités ont déjà bonifié leurs aides pour les entreprises porteuses de la mention, que la densité d’entreprises « reconnues Grenelle » est la plus importante.

Pour l’organisme de certification Qualit’Enr, porte d’entrée vers la mention «Reconnu Grenelle », les éco-avantages sont déjà visibles. Pour bénéficier des certificats d’économie d’énergie relatifs à l’installation d’une pompe à chaleur ou d’une chaudière bois, il faut aujourd’hui disposer des marques Quali’Pac ou Quali’bois. Certains assureurs et  collectivités, exigent même que les entreprises portent les marques proposées par Qualit’Enr. Bilan, l’organisme a distribué plus de 9 000 mentions «Reconnu Grenelle de l’Environnement».

Mais le principal gisement d’entreprises susceptibles de porter la mention ne se trouve pas du côté des énergies renouvelables, mais des entreprises touchant à l’enveloppe du bâtiment. L’Ademe essaie actuellement d’évaluer son potentiel et, à première vue, observe que les marques EcoArtisan et Pros de la performance énergétique, pourraient, à elles seules, toucher plusieurs dizaines de milliers d’entreprises.

Manque de visibilité

Du côté des organisations professionnelles, on concède que la marge de progression est « infinie ». Les EcoArtisan de la Capeb  sont 2 500 alors que la confédération revendique 100 000 adhérents. Lancés par la FFB, les Pros de la performance énergétique représentent, eux, moins de 900 entreprises sur les 57 000 adhérents, dont 42 000 entreprises artisanales. Or, la FFB et la Capeb estiment que quasiment tous leurs adhérents sont susceptibles de porter leurs marques.

Part des entreprises portant la marque EcoArtisans au sein de la Capeb et Pros de la performance énergétique au sein de la FFB / Source : Qualibat, Capeb et FFB

Alors, pourquoi les marques EcoArtisans et Pros de la performance énergétique, donnant droit à la mention « Reconnu Grenelle», ne se développent-elles pas plus ?

Vice-président de la Capeb, Jean-Marie Carton parle d’ «un geste politique» de la part des entreprises. «Les entreprises ont le sentiment que personne, au niveau de l’Etat, ne pilote la politique encadrant les signes de qualité, alors elles se replient sur elles-mêmes et les ignorent». Pourtant, Jean-Marie Carton estime que 10 000 entreprises de la Capeb sont « virtuellement » prêtes à obtenir la mention et pourraient l’avoir quasiment du jour au lendemain.

Président du Conseil des Professions à la FFB, Jean-Yves Robin observe que ses « troupes sont prêtes, mais qu’il faut maintenant leur donner du pain pour avancer ». Dans un climat maussade, «trésoreries desséchées, carnets de commandes vides », les marques n’offrent pas aux entreprises, selon Jean-Yves Robin, le salut attendu. « Le marché de la rénovation énergétique ne décolle pas, alors la marque «Pros de la performance énergétique» et la mention «Reconnu Grenelle» ne sont pas pour les entreprises la promesse de se sortir de cette situation morose».

Une mention méconnue

Pourtant, certaines entreprises, qui, aujourd’hui, ont fait l’effort de formation nécessaire à l’obtention d’un signe de qualité ne le regrettent pas. C’est le cas, par exemple, de Sandrine Leroy et de son mari, à la tête d’une entreprise de couverture située à Loos dans le Nord, depuis 1996. En 2009, l’activité étant en baisse, son conjoint est allé suivre la formation débouchant sur la marque EcoArtisans. « Si cette dernière ne motive que quelques appels de particuliers intéressés par des produits écologiques, son obtention a tout de même changé le quotidien de l’entreprise, explique-t-elle. La formation nous a donné l’opportunité d’étendre notre activité de couverture d’origine à celle de l’isolation. Depuis, nous réalisons des chantiers plus importants». Ravie, Sandrine Leroy constate que beaucoup de concurrents de la région, « repoussés par une démarche jugée compliquée », ne s’intéressent pas à la marque de la Capeb.

Outre l’absence d’éco-avantages à ce jour et un marché de la rénovation incertain, on peut se demander si la méconnaissance des signes de qualité et de leur articulation avec la mention « RGE » ne constitue pas l’un des principaux freins à leur propagation. A l’image d’une entreprise ayant obtenu la marque EcoArtisans et qui souhaite aussi faire la démarche pour devenir Pros de la Performance; celle-ci jugeant indispensable l’obtention des deux marques, mais reconnaissant n’avoir jamais entendu parler de la mention « Reconnu Grenelle de l’Environnement ».

Le changement de nom de la mention «Reconnu Grenelle de l’Environnement» voulu par le nouveau gouvernement, afin d’effacer le sceau de l’ancienne équipe gouvernementale, ne viendra-t-il pas encore renforcer le flou qui semble régner aujourd’hui autour d’elle ?

charte signée

par la Capeb (marque « Eco Artisan »), la FFB (marque « les Pros de la performance énergétique »), Qualibat, Qualit’EnR (appellations Qualisol, QualiPV, Qualibois, Qualipac) et Qualifelec

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