Energie

Le photovoltaïque peut-il mettre le feu à nos maisons ?

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Energie renouvelable

Une série d’incendies trouvant leur origine au niveau de l’installation photovoltaïque ont eu lieu ces derniers mois. Apparemment liés à un défaut de fabrication de la marque néerlandaise Scheuten, ils pourraient nuire à l’image de la filière et laisser penser que les 300 000 installations photovoltaïques françaises représentent un danger.

Mai 2012, une maison est entièrement détruite par les flammes à Herm dans les Landes.  Le 27 juin  un incendie de hangar à Eckwersheim Alsace fait 2 blessés légers. Le 9 juillet, c’est à Avrainville en Haute-Marne qu’une habitation prend feu. A chaque fois, l’incendie aurait été déclenché par une installation photovoltaïque de la marque Scheuten. Plus précisément, il semblerait qu’un arc électrique se soit formé au niveau de la boîte de jonction de type Solexus.

Joël Mercy, président du jeune groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (Gppep) estime qu’il existe environ 5 000 installations françaises de ce type (sur 220 000 installations sur le parc résidentiel), autrement dit présentant un risque d’incendie. « Plusieurs centaines, voire des milliers risquent de prendre feu », affirme le président du Gppep, groupement qui est passé de 4 particuliers adhérents il y a deux ans à 1 400 aujourd’hui.

L’affaire aurait pu être vite réglée mais la santé financière de l’entreprise a compliqué la donne. Scheuten Solar Holding a été rachetée début 2012 pour devenir Scheuten Solar Solutions et l’entité Scheuten France a, au passage, été mise en faillite. Joël Mercy est depuis plusieurs mois en contact avec le nouveau groupe. « Scheuten a demandé aux installateurs de recommander aux clients concernés de couper la production de leurs installations », explique-t-il. Attendant un retour sur investissement des frais engagés, ces derniers peuvent être tentés de ne pas suivre ce conseil.

L’Agence Qualité Construction (AQC) s’est également emparée de l’affaire. Ayant pour mission de prévenir les désordres dans le bâtiment, l’AQC doit cette semaine réunir des experts afin de trouver une solution technique à mettre en œuvre sur les installations défectueuses. « Scheuten s’est engagé à fournir de nouvelles cartes électroniques à clipser dans le boîtier, en lieu et place de celles présentant un défaut de fabrication. Nous devons rapidement confirmer qu’il s’agit du bon protocole ou en valider un autre», précise Christel Ebner, responsable de la Commission Prévention des Produits mis en œuvre à l’AQC. Reste à savoir qui paiera les installateurs pour qu’il retourne corriger l’installation.

En attendant, l’AQC et le Gppep souhaitent se faire entendre. Ils ont tous deux saisi les pouvoirs publics, via les services de la Répression des fraudes, et relaient l’information auprès des assureurs. Mais au-delà de cette « affaire Scheuten », doit-on s’inquiéter pour les 300 000 installations photovoltaïques hexagonales ?

« Pas de risque systémique et intrinsèque lié à la technologie »

«  Il n’y a pas de risque systémique et intrinsèque lié à la technologie». Romain Poubeau, responsable de Soler, branche photovoltaïque du syndicat des énergies renouvelables (SER) se veut rassurant. « Une évaluation menée sur 22 000 installations de nos adhérents a relevé 5 départs d’incendie et aucune destruction », relève ce dernier. Il estime que les normes encadrant les installations sont rigoureuses et que leur qualité ne fait que croître.

Au-delà des règles de l’art, il y a la pratique. Joël Mercy qui dit recevoir une douzaine de demande d’aide pour litiges chaque jour, met un bémol. « Il y a toujours des installateurs peu scrupuleux, des entreprises sous-traitant à des équipes n’y connaissant rien et tout ça aboutit à des malfaçons ». Christel Ebner de l’AQC rappelle que l’implantation d’une installation photovoltaïque intégrée au bâti nécessite une entreprise compétente dans le domaine de l’étanchéité et de l’électricité. Elle souligne également  qu’« un électricien du bâtiment travaille avec du courant alternatif » et que donc  « pour travailler sur du photovoltaïque, qui marche en courant continu, il doit impérativement être formé ».

Le Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité (Consuel) a inspecté, en 2011, une installation photovoltaïque sur cinq implantées sur des logements. Bilan : une sur deux est jugée non-conforme. Pour le directeur technique de Consuel, Fréderic Maison,  ce taux de non-conformité, proche de ceux constatés pour les autres types d’installations électriques, ne doit pas effrayer. « Il y a plus d’une centaine de prescriptions à respecter pour qu’une installation photovoltaïque soit jugée conforme et toutes n’ont pas le même degré d’incidence».  Néanmoins, plus de 6% des installations inspectées en 2011  ont révélé une non-conformité au niveau des protections contre les surintensités du circuit de l’onduleur, élément important dans la protection vis-à-vis des incendies.

 

Jusqu’à présent, Fréderic Maison n’a connu qu’un cas d’incendie sur une installation inspectée (l’expertise a conclu à un matériel contrefait).  Gérard Moine, surnommé « le pape du photovoltaïque », travaille depuis plus de trente ans dans la filière. Aujourd’hui directeur technique du bureau d’études Transenergie, il a comptabilisé, en France, « seulement une trentaine d’incendies sur des bâtiments accueillant des panneaux photovoltaïques ». « Et, nous ne sommes pas sûrs que le photovoltaïque soit à chaque fois l’origine du sinistre », indique ce dernier.

Bref, s’il n’y a pas de quoi tomber dans la psychose, il faut tout de même se rappeler que les installations photovoltaïques transforment nos maisons en « centrales » de production d’électricité.


Specifications techniques relatives a la protection des personnes et des biens dans les installations photo…

 

 

Focus

Les pompiers face à "l'incendie photovoltaïque"

La série d’ « incendie photovoltaïque » pointe également l’importance de former les pompiers au risque de choc électrique en cas d’intervention. Avec le photovoltaïque tant qu’il y a du soleil, il y a du courant. Et, cette particularité pose un problème pour l’intervention des pompiers.

La famille Labeyrie dont l’habitation équipée de panneaux de la marque Scheuteun  a été détruite par les flammes, dit l’avoir regardé brulé avec les pompiers. L’intervention de ces derniers ayant été freinée par la présence de photovoltaïque.

« La méfiance des pompiers est en train de s’estomper », note Gérard Moine. Le directeur technique du bureau d’études Transenergie a pour cela participé avec la sécurité civile à l’élaboration d’une notice d’intervention opérationnelle et à la rédaction d’une instruction technique (une première version pour les établissements recevant du public devrait sortir en 2013) .

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