Point de vue

« Développement durable : des principes à la réalité » par Pierre Mérieux, consultant et expert

Defawe Philippe | 08/11/2006 | 19:56 | Planète

L’engagement du secteur de la [...]

L'engagement du secteur de la construction en faveur du développement durable a dépassé toutes les espérances. Jamais un engouement aussi fulgurant n'avait été observé dans cette filière plutôt réputée pour son inertie... Il n'est ainsi plus un événement ou une communication qui ne soit médiatisée sans une référence appuyée à l'amélioration de la qualité environnementale ou au concept du développement durable. La réalité n'est pourtant pas aussi idyllique. Que les décideurs s'appuient sur une réelle prise de conscience des externalités sociales et écologiques indésirables ou, le plus souvent, sur le souhait d'être dédouané des risques pris en ne participant pas à un mouvement international, les faits sont là : la commande ressemble plus souvent à une opération de communication qu'à la volonté d'opérer une mutation en profondeur des pratiques existantes.

Long terme
Mais, chassez le naturel - l'économie - il revient au galop! Témoin de cette affirmation, l'approche environnementale implique la réintégration du long terme dans l'analyse des décisions économiques. Autrement dit, établir le coût global d'une construction suppose d'y intégrer l'investissement initial, l'exploitation et les coûts d'élimination en fin de vie. Et encore ne s'agit-il là que d'un coût global "élémentaire" qui ne tient pas compte des conséquences à charge pour la société (appauvrissement des ressources non renouvelables, traitement des excès de gaz à effet de serre, conséquences économiques des mauvaises conditions de confort et de santé, etc.). L'application de cette méthodologie devrait libérer le budget d'investissement de son carcan dès lors que la solution proposée fait la preuve qu'elle apporte une réduction significative du coût global.
Malheureusement, la rupture entre la construction de l'ouvrage, d'une part, et son exploitation, d'autre part, - y compris chez le maître d'ouvrage qui assure cette exploitation! -, ne favorise pas une telle approche. Les maîtres d'ouvrage privés sont confrontés au prix du marché défini par la capacité d'endettement des clients. Les bailleurs sociaux rechignent à utiliser leurs fonds propres pour investir dans des solutions dont le "retour sur investissement" profitera aux seuls locataires. Les collectivités locales préfèrent souvent, électorat oblige, construire deux bâtiments publics de qualité médiocre plutôt qu'un seul performant... Au plan technique, la situation est analogue. L'amélioration de la qualité environnementale n'est pas synonyme d'innovation technologique. Ce qui fait dire à de nombreux professionnels qu'ils "faisaient de l'environnement" sans le savoir, tout comme Monsieur Jourdain avec sa prose. Si on assiste effectivement au redéploiement de solutions techniques connues (terre cuite, ossature bois, etc.), certains critères n'étaient jusqu'alors pas pris en compte, en particulier, l'appauvrissement des ressources, le réchauffement climatique ou encore les impacts sanitaires.

Repenser les pratiques
La difficulté réside dans l'ancrage des habitudes. Les concepteurs hésitent à développer de nouvelles propositions qui exigent de repenser leurs pratiques et leurs outils. La recyclabilité de l'acier, par exemple, offre une alternative séduisante au "tout béton" dont l'élimination en fin de vie reste problématique. Sur un projet, cette réflexion sera souvent mise aux oubliettes : le BET habituel de l'architecte n'a pas la compétence requise; le couple coût/temps des études ne répond pas aux délais du maître d'ouvrage; l'estimation économique n'est pas claire, etc. Autant de "bonnes" raisons pour expédier ce type de solution à une réalisation ultérieure... Un grand nombre de consultations oblige à intégrer un "spécialiste HQE" dans l'équipe de maîtrise d'oeuvre. En réalité, "l'expert environnement" est un généraliste qui met en cohérence les spécialistes de chaque discipline. La notion "d'abri" pour vivre ou travailler que représentait la construction, a progressivement laissé place à la notion de "service" avec, pour corollaire, une complexification du bâtiment. L'empilage des solutions techniques développées par chaque spécialiste, bien qu'intrinsèquement performantes, ne produit pas nécessairement au final, un système pertinent. In fine, cette mission vise davantage un rôle de management : animation d'une équipe, formalisation, évaluation permanente qui tient compte, bien sûr, des caractéristiques environnementales.

FOCUS

Bio-express


Pierre Mérieux, 53 ans, est ingénieur électricien Esigelec. Consultant technique dans le secteur du bâtiment depuis plus de quinze ans, il est également expert près de la Cour d'Appel de Lyon. Il intervient comme assistant à la maîtrise d'ouvrage et d'œuvre, aussi bien qu'en formation initiale (dans le master et la licence d'économie de la construction de Lyon) ou continue (notamment pour le Groupe Moniteur).

Defawe Philippe | Source LE MONITEUR.FR