Environnement

Dix ans de recherche sur la qualité de l’air intérieur

L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a fêté son dixième anniversaire le 13 septembre à l’occasion d’une conférence réunissant des personnalités de la communauté scientifique nationale et internationale.

« Ce programme de recherche est unique, il ne connaît aucun équivalent à l’international », a rappelé sa présidente Andrée Buchmann qui insiste sur l’indépendance scientifique de cet outil doté d’une gouvernance publique et financé par des fonds publics, qui publie régulièrement ses travaux dans le cadre d’ateliers. Le professeur Francis Allard, président du conseil scientifique de l’OQAI, se réjouit quant à lui de constater l’émulation produite par ce programme parmi les équipes de recherche françaises sur le sujet : « Lors de la dernière conférence internationale sur la qualité de l’air à Austin (Etats-Unis), en juin dernier, la France était le quatrième pays le plus représenté ».

Séverine Kirchner, chef de pôle Expologie des environnements intérieurs au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), est la coordinatrice scientifique de l’OQAI depuis sa création en 2001 à l’initiative des pouvoirs publics. Entourée d’une centaine d’experts aux compétences pluridisciplinaires (chimistes, microbiologistes, physiciens, statisticiens, médecins, toxicologues, épidémiologistes, évaluateurs de risques, architectes, économistes, sociologues…), elle a conduit des études et des campagnes de mesures d’envergure nationale qui ont permis d’acquérir des connaissances fiables dans un domaine jusqu’alors peu exploré.

« La première tâche de cet « observatoire des lieux de vie », centré sur l’être humain, a été de hiérarchiser les plus de mille polluants chimiques ou particulaires contenus dans l’air intérieur, selon des critères de toxicité à court et long terme, des niveaux d’exposition et de la fréquence d’apparition des polluants dans les bâtiments », se souvient Séverine Kirchner.

Photographie du parc de logements

Sachant que nous passons en moyenne 16 h 10 par jour dans notre logement,  l’observatoire s’est  ensuite invité dans les foyers pour une vaste campagne de mesures dans le logement, d’octobre 2003 à décembre 2005. 567 logements visités à travers la France, 1612 individus interrogés, 4691 pièces instrumentées. A raison d’une semaine de mesures par logement et d’entretiens approfondis pour connaître les habitudes de vie des habitants. Cette photographie du parc a entre autres conclu en 2006 que l’air intérieur était plus pollué que l’air extérieur, et qu’on y trouvait des polluants différents. La campagne a permis à l’OQAI de démontrer ou confirmer que la qualité de construction et d’usage des logements améliore la qualité de l’air intérieur. Trois grands leviers d’actions ont été identifiés : la maîtrise des sources de pollution (au niveau de la conception et de l’entretien du bâtiment, de l’ameublement, du nombre d’occupants et de leur mode de vie), la gestion de l’air (taux de renouvellement d’air, habitudes d’aération, état des installations de VMC) et la prise en compte de l’environnement extérieur du logement (qualité de l’air et des sols, zone climatique, …). Parmi les facteurs susceptibles d’augmenter la pollution de l’air dans les logements, Séverine Kirchner énumère la présence d’un garage communicant, des dégâts des eaux (moisissure) une forte densité d’occupation, la tabagie, l’utilisation de désodorisants, bougies, encens, le nettoyage à sec des tissus d’ameublement, le faible taux de renouvellement d’air, la proximité du trafic  routier, … Pour conclure que tous les ménages ne sont pas égaux devant la pollution de l’air intérieur et que l’occupant joue un rôle plus important que les performances techniques du bâtiment, notamment en termes de ventilation.

De l’air propre pour les enfants

L’OQAI s’est ensuite penché sur les lieux d’accueil des enfants avec une enquête (par questionnaire) auprès de 700 écoles ou crèches. Il en ressort que les écoles, souvent plus anciennes, sont moins équipées en ventilation mécanique (85 % n’en possèdent pas) que les crèches et que l’aération y est plus occasionnelle, et pas forcément au moment le plus utile, pendant l’occupation des classes. Cette enquête va être complétée, de 2011 à 2014, par une campagne nationale de mesures portant sur 300 écoles maternelles et élémentaires. Résultats attendus en 2015. En attendant, l’OQAI a proposé de faire tester aux responsables des enfants un outil pédagogique de mesure du confinement. Baptisé Lum’Air, ce boîtier intégré mesure la concentration en CO2, liée à l’occupation des locaux, et affiche un taux de 0 et 5. Par ailleurs, un voyant vert, orange ou rouge indique qu’il est inutile d’ouvrir les fenêtres pour aérer, ou utile ou urgent.

Les lieux de loisir tels que piscines et patinoires ont également été étudiés.

 

Confort au bureau

La dernière famille de bâtiments étudiés par l’OQAI est celle des bureaux, soumis à des pollutions spécifiques et où il manque des données à jour. Le « syndrome des bâtiments malsains » devrait être mieux connu au terme de la campagne nationale orchestrée par l’observatoire de 2011 à 2015. Une campagne en deux phases : d’abord 300 immeubles de bureaux, puis 50 bâtiments étudiés plus en détail.

Outil de politique de santé environnementale

Andrée Buchmann rappelle que les travaux de l’OQAI ont permis de réunir des connaissances à destination des pouvoirs publics et d’élaborer des mesures réglementaires concrètes, notamment sur les substances. L’étiquetage obligatoire des produits de construction et de décoration sur leurs émissions de polluants volatils à partir de janvier 2012 est l’une de ces mesures.

 

 

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