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L’Espagne croit à la production d’électricité solaire

Defawe Philippe | 20/10/2006 | 14:42 | Planète

L’Espagne s’apprête à démarrer la [...]

L'Espagne s'apprête à démarrer la production du plus grand complexe de centrales solaires thermo-électriques d'Europe sur le site de Sanlùcar La Mayor, près de Séville, mettant ainsi à contribution le soleil d'Andalousie pour réduire sa dépendance au pétrole.
"Il y a 320 jours de soleil par an en Andalousie", assure le professeur Valeriano Ruiz, directeur du laboratoire de thermodynamique de l'université de Séville, se lamentant de la pluie qui tombe à verse le jour de la visite d'un groupe de journalistes européens sur le site.
La première centrale de ce complexe est achevée et devrait être inaugurée prochainement. Sa puissance installée est de 11 mégawatts, soit un peu plus que celle de Pocking, en Allemagne, qui avec 10 MW, est pour peu de temps encore la première centrale de production d'énergie solaire européenne.
Mais à Sanlùcar La Mayor, il est prévu de construire au total huit centrales pour porter la capacité du complexe à 302 MW d'ici 2010. A terme, cet ensemble sera capable d'approvisionner en électricité 180.OOO foyers, l'équivalent d'une ville comme Séville.
Le groupe Abengoa a investi 35 millions d'euros dans la première centrale et prévoit au total de dépenser 1,3 milliard d'euros pour la totalité du complexe.

Cette première centrale se présente sous la forme d'un vaste champ de près de 70 hectares, planté de 624 miroirs orientables, d'une surface de 121 mètres carrés chacun, fixés sur des piliers de métal, disposés en colimaçon au pied d'une tour dominant la campagne andalouse du haut de ses 115 mètres.
Ces miroirs permettent de concentrer les rayons du soleil sur un point focal situé en haut de la tour où est installée une chaudière, afin d'obtenir une température entre 600°C et 1.000°C pour chauffer un fluide et produire de la vapeur qui actionne un système de turbines et d'alternateurs, générant ainsi de l'électricité.

Cette technologie - l'héliothermodynamisme - permet un meilleur rendement que la production d'électricité d'origine photovoltaïque (panneaux solaires), assure le professeur Ruiz, spécialiste des énergies renouvelables. C'est la seule capable de fournir une puissance similaire à celle des centrales à énergies fossiles, ajoute-t-il.
Pas besoin de silicium, un élément chimique indispensable pour fabriquer des cellules photovoltaïques mais cher, et pas d'émissions de gaz carbonique (CO2), principal gaz à effet de serre, responsable du réchauffement climatique.
Par contre, il faut de l'espace (au minimum 2 hectares par MW) et du soleil (1.900 KWh/m2/an). Mais le soleil, contrairement au pétrole, est une source d'énergie inépuisable et gratuite, fait valoir le professeur Ruiz.
Et la technologie est devenue rentable depuis que le gouvernement espagnol a fait passer une loi pour imposer un prix d'achat du kilowatt/heure produit par l'énergie solaire plus cher que celui produit par d'autres moyens, indique-t-il. "C'est la véritable raison pour laquelle, cela commence à décoller", reconnaît-il. Mais ce soutien de l'Etat est justifié en raison de l'intérêt écologique de cette technologie, fait-il valoir.
Cette centrale est exportable n'importe où il y a du soleil en abondance, au Maroc, en Algérie, en Egypte, souligne-t-il.
"Dans le sud de la France, c'est possible également", ajoute-t-il, rappelant l'expérience de centrale thermosolaire Thémis de Targassonne, dans les Pyrénées Orientales, qui avait été menée dans les années 1980 (voir encadré).
Emmanuel Angleys (AFP)

FOCUS

Les ratés de l'expérience française


La France a construit dans les années 1980 une centrale solaire expérimentale, Themis, à Targassonne (Pyrénées-Orientales), similaire à celle que l'Espagne s'apprête à mettre en route à Séville, mais n'a pas poursuivi l'expérience estimant que le projet ne serait pas rentable.
Développée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Electricité de France (EDF) et l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie, cette centrale d'une puissance de 2,5 mégawatts (11 MW pour celle de Séville) a fonctionné de 1983 à 1986.
Themis était constituée de 200 miroirs orientables (héliostats) de 50 mètres carrés chacun (624 de 121 m2 pou celle de Séville), pilotés par ordinateur, afin de concentrer l'énergie solaire sur une chaudière au sommet d'une tour centrale. Un circuit utilisant du sel fondu permettait de convoyer l'énergie vers un échangeur fabriquant de la vapeur, à son tour dirigée vers un alternateur pour produire de l'électricité.
L'exploitation de cette centrale expérimentale avait permis d'établir à l'époque que le coût de l'électricité ainsi produite était prohibitif.
La flambée actuelle du pétrole pourrait cependant contribuer à relancer l'intérêt pour ce type de centrale.
Le président de la région Languedoc-Roussillon Georges Frêche plaide pour une remise en route de la filière solaire en soulignant la nécessité d'une aide de l'Etat et d'EDF pour remettre sur pied la centrale Themis.
Cette centrale n'est cependant pas restée complètement en sommeil depuis 1986: Les astrophysiciens ont décidé de l'utiliser pour la détection des sursauts de rayonnement gamma en provenance de l'Univers.

Defawe Philippe | Source LE MONITEUR.FR