Point de vue
Du projet urbain à la stratégie urbaine
Jean-Yves Chapuis | 15/07/2010 | 17:51 | Aménagement
© Didier Gouray - Rennes Métropole
Jean-Yves Chapuis, vice-président de Rennes Métropole, chargé des formes urbaines
Pour Jean-Yves Chapuis, vice-président de Rennes Métropole, chargé des formes urbaines et consultant en stratégie urbaine, nous sommes passés de la planification urbaine (une vision totale de la ville pensée par les ingénieurs) au projet urbain introduit par les concepteurs architectes urbanistes et, aujourd’hui, à la stratégie urbaine qui remet en cause le rôle premier de l’urbaniste avec l’introduction des sciences sociales et, de plus en plus, des sciences de la vie.
On ne peut plus fabriquer la ville sans analyser précisément les modes de vie et leur évolution et une connaissance précise des revenus de nos concitoyens. Or la structure des services des villes démontre que les sciences sociales sont peu représentées dans les profils des cadres. Les ingénieurs et les architectes urbanistes restent dominants dans le domaine de l'urbain. Les agences d'urbanisme ont peu de ces profils si bien que la connaissance des couches sociales et groupes sociaux ainsi que les revenus sont peu connus.
C'est ensuite l'exigence des citoyens qui demande d'organiser le débat démocratique de façon plus formel. Les élus le font par conviction politique ou pour empêcher les recours administratifs ou les deux à la fois.
C'est aussi une interrogation sur la notion même de ville qui serait sans fin, intégrant la campagne, la nature, l'agriculture dans son territoire.
C'est aussi la place du politique : quelle autonomie de décision ? Dans des budgets financiers de plus en plus contraints.
Une économie de flux qui peut se délocaliser facilement dans le cadre de la mondialisation. L'idée que l'on ne connaît pas les ¾ des métiers de demain d'après les prospectivistes. La difficulté de "faire société ", les évolutions de nos sociétés occidentales vers plus d'individualisme rend l'avenir incertain, difficilement maîtrisable et demande donc de bien réfléchir pour définir dans le projet urbain une stratégie qui puisse s'appuyer sur des forces sociales et économiques nouvelles pas toujours facile à percevoir.
Cela redonne au politique une autonomie d'action et repositionne son débat avec les citoyens de sa ville. Il faut pour cela développer la citoyenneté urbaine.
Mais il y a toujours le danger d'une reprise de la technicité urbaine. On le voit avec le terme de la ville durable.
L'apport des sciences sociales démontre que la ville est en perpétuelle mutation. Comment introduire ce mouvement dans les démarches urbaines et l'organisation des services ?
La mise en place des directions de la prospective et du développement durable au sein des agglomérations, la mutation nécessaire des agences d'urbanisme vers les sciences sociales permettent des mutations pour l'avenir dans les méthodes de l'urbanisme.
Jean RiCHER | 20/07/2010 - 09:55
Urbaniste
Un des piliers du développement durable est la gouvernance. Cela nous oblige à repenser l’organisation du projet en interrogeant les relations entre élus, techniciens et autres spécialités. Des compétences multiples offrent aux projets une épaisseur de pensée qu’il s’agit d’organiser dans une institution de pilotage et des groupes de travail. La participation de la population est reconnue mais il reste encore beaucoup à faire pour que les projets se fondent sur le substrat social coexistant au site. Trop souvent, les programmes sont plaqués et on s’étonne des difficultés à y faire naître une vie sociale. Il faut cesser la disjonction entre investissement et fonctionnement : un nouveau morceau de ville est censé fonctionné tout seul ? Non, seule une gestion urbaine de proximité permet de tenir en haleine le temps long. On se met effectivement à rêver de stratégies urbaines qui engloberaient la conception du projet, sa concertation et sa gestion dans un seul et même élan.