Aménagement

« Le concept de «parc culturel durable» guide le renouveau de la Villette » – Florence Berthout, directrice générale de l’EPPGHV

Directrice générale de l’établissement public du Parc et de la grande halle de la Villette (EPPGHV) depuis 2007, Florence Berthout ne manque pas d’idées pour renforcer son attractivité. Afin de le protéger de nouvelles menaces – pression urbaine, concurrence culturelle, frais de maintenance élevés, elle y décline le concept de «parc culturel durable». Agenda 21, rénovation des «folies» de Bernard Tschumi, gestion éco-responsable… Retour sur les chantiers en cours et sur quelques recettes qui fondent la spécificité du lieu.

«Avec ses 55 hectares aux portes de la capitale, le parc de la Villette est le plus grand parc culturel de France. Il est difficile d’en trouver des équivalents ailleurs: c’est l’un des rares parcs à accueillir une programmation culturelle diversifiée (danse, nouveau cirque, cultures urbaines, théâtre, musique), à destination de tout public, et une pluralité d’autres usages, avec un accès jour et nuit à de vastes espaces verts. Ce qui a permis de conserver ces caractéristiques depuis sa création? Le projet urbain et paysager de l’architecte Bernard Tschumi, lauréat du concours de 1983, a été conçu dès l’origine pour être adaptable à tous les usages. Son idée d’un parc sans centre ni limites, en continuation avec la ville, et appuyé sur un système géographique de «points, lignes et de surfaces» avaient eu l’effet d’une révolution ! Son talent a été de juxtaposer des espaces très construits, qui canalisent le promeneur et lui permettent de se rendre rapidement d’un point à un autre (comme la galerie en forme de vague ou le circuit le long du canal de l’Ourcq) et des zones lâches, laissant place au hasard et à la possibilité de se perdre. De juxtaposer aussi des jardins thématiques, de caractère très différent : on trouve des espaces où se cacher, se reposer,  d’autres où pique-niquer ou faire du sport, comme la Prairie du Triangle. On ne joue pas non plus de la même manière dans le jardin des dunes et des vents que dans le jardin des Frayeurs enfantines…»

 

 

Faire la différence

 

«Aujourd’hui, le parc doit se renouveler face à plusieurs enjeux. Il est d’abord soumis à une forte pression urbaine – avec un afflux de visiteurs supplémentaire lié à la Philarmonie de Paris, aux programmes de la cité des sciences, à l’arrivée du T3, aux projets urbains de Pantin… La concurrence culturelle s’est aussi accrue. Nous ne sommes plus seuls sur le créneau des cultures urbaines et du nouveau cirque, et devons nous différencier. Le prisme fédérateur de nos chantiers peut se résumer sous le vocable de «parc culturel durable», qui est à la fois une tendance, une réponse à ces enjeux et une nécessité, afin que le parc continue à être un lieu unique. Et que nous déclinons, avec le président du Parc Jacques Martial, en trois axes: une gestion éco-responsable des espaces verts, l’amélioration de la performance énergétique du bâti et la poursuite d’une offre culturelle diversifiée et exceptionnelle, à destination de tout public.»

 

Gestion éco-responsable

 

«Nous plaçons la biodiversité au cœur des politiques d’aménagement du parc. Après le label EVE (Espaces verts écologiques) obtenu en 2010 sur 2000 m² de jardins partagés, le parc a été labellisé «Oasis Nature». Créé par l’association «humanité et biodiversité» d’Hubert Reeves, ce label permet d’aller plus loin sur la question des inventaires de faune et de flore, qui serviront de guide à nos actions. Il s’ajoute à une politique de réduction des produits phytosanitaires et d’antigerminatifs et d’optimisation de la ressource en eau (consommation réduite de moitié grâce à un pilotage relié à la station météo du parc). Nous menons aussi une politique de restauration des talus et des haies vives, couplée à d’autres actions en faveur de la biodiversité (installation de nichoirs à oiseaux, d’hôtels à insectes…).»

 

 

Performance du bâti

 

«Depuis trois ans, l’EPPGHV a lancé un vaste programme de modernisation et de mise aux normes des espaces bâtis du parc. L’objectif est d’améliorer la performance environnementale, en réduisant les consommations. L’audit sur l’eau (achevé en 2009) a donné lieu à des préconisations sur les installations,  l’amélioration du fonctionnement du réseau, la gestion au quotidien. Celui sur l’énergie (achevé en 2010) a notamment conduit au remplacement de l’éclairage extérieur par des LED basse consommation, mais aussi à des opérations plus lourdes, comme la rénovation du Pavillon Paul Delouvrier. En parallèle, nous procédons à la rénovation des 26 «folies» de Bernard Tschumi, avec un triple objectif : améliorer leur performance énergétique, les mettre en accessibilité et améliorer les services proposés. Il en va ainsi de la folie information/billetterie, achevée cette année.  La réduction des consommations passe aussi par une rationalisation dans ,l’usage des bâtiments.A terme, la cité administrative, qui accueille une partie des équipes de l’EPPGHV va être démolie, laissant place à un nouveau bâtiment écologique, entre le Pavillon Paul Delouvrier et le Conservatoire. Avec ces projets, nous espérons réaliser une économie dans les frais de maintenance de 500 000 euros par an (sur un budget annuel de 40 millions d’euros).»

 

 

Accessibilité et diversité des programmes

 

«Un des moyens choisis pour «faire la différence» est d’ouvrir le parc à tous les publics, y compris les personnes souffrant de handicaps. Pour cela, nous anticipons et allons au-delà des obligations réglementaires de mise en accessibilité d’ici à 2015. C’est le cas pour les premières folies rénovées, comme la folie information/billetterie, mais aussi pour les cheminements dans le parc et pour la programmation. Nous allons ainsi mettre en service l’un des premiers cirques avec audio-description pour les malentendants.

Le fil rouge de notre action est d’offrir de la culture exceptionnelle à tous, que ce soit à travers la programmation ou à travers le parc, qui sert d’écrin. Plusieurs opérateurs y fonctionnent de manière autonome (Cité de la musique, Conservatoire, Cité des Sciences et de l’industrie), mais l’Etablissement public est le garant de la cohérence identitaire des espaces extérieurs.

L’ensemble de ces ambitions et les moyens pour y parvenir (politiques d’aménagement, médiation, accueil au public, programmation, ressources humaines) seront bientôt rassemblés dans un Agenda 21, en réflexion depuis huit mois.»

 

Pour en savoir plus, rendez-vous à la conférence «Les nouveaux visages des parcs culturels durables» le 8 novembre au Parc de la Villette.

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