Point de vue

« Le monde urbain devrait s’affoler »

Claude Micmacher | 10/06/2009 | 10:20 | Aménagement

« Si vous êtes urbain ou périurbain, si vous avez cru à la pantalonnade (coûteuse) du Grand Paris de demain vu par de grands architectes visionnaires, renseignez-vous sur l’organisation des approvisionnements vitaux !, conseille l’architecte et géographe Claude Micmacher. Ça pourra servir. »

[Dans son point de vue publié le 28 mai 2009], l'architecte Philippe Madec dit le vrai avec justesse. Le monde rural ne va pas exploser (à la Guadeloupéenne) par manque de "sangre" mais continuer à s'affaisser sur lui-même. Population trop vieille, trop pauvre, trop résignée, trop fatiguée. Ça fonctionne un peu comme le tiers-monde : les plus vaillants s'en vont et permettent à ceux qui restent de survivre, souvent correctement d'ailleurs. Mais ça c'est la vision du temps d'avant, où "on allait dans le mur".
Au temps de maintenant où "on est dans le mur" -à quoi servirait de se mentir encore- le regard est différent : la campagne, c'est déjà le post-industriel et le post-financier. Vraies solidarités trans-sociales et inter-génération, débrouille, démerde, jardinage collectif, vente directe, troc, échanges amiables de services et de compétences, etc. Vu d'ici (nord de la Dordogne), depuis 2004, c'est un beau foisonnement, récent certes mais de plus en plus structuré. Comme un miroir décalé de la progressive désertion de l'Etat et de la frilosité mesquine de la plupart des élus territoriaux. Il ne touche qu'une minorité mais on sait bien que toutes les révolutions profondes des modes de vie ont toujours été initiées par des minorités. Mieux que ça : on capte des sources, on installe des récupérateurs de pluviales, on développe la permaculture, on expérimente (souvent) sans le savoir des scénarios de survie, on tripote le photovoltaïque et les petites éoliennes avec des arrière-pensées d'autonomie partageuse. 50% des permis de construire concernent des maisons en bois et un permis sur cinq concerne une auto-construction (source DDE 24).

Renseignez-vous !

En fait, notre seul handicap est la question des déplacements : on est largement tributaires des voitures, camions et tracteurs. Les solutions collectives sont inexistantes. Mais on trouvera rapidement des réponses. Pour ce qui est du temps de "demain", c'est bien le monde urbain qui devrait s'affoler. Autonomie alimentaire de la Région parisienne ? Dix jours selon les études les plus optimistes. Tout compris (Rungis, centrales d'achat, hypermarchés, commerces, frigos et congélateurs individuels) Autonomie en eau potable ? Moins de 72 heures. Douze millions d'habitants ! Je prends rendez-vous à l'échéance de, disons, trois ans : échec avéré de la politique de rustines ruineuses mise en oeuvre en Occident, effondrement financier de la Chine puis des USA, puis de l'Europe selon la théorie des dominos revue à la hausse. Désorganisation du système de gestion informatique et offensive générale des hackers russes, par obturation. Vous avez idée de comment s'organisent les approvisionnements vitaux (nourriture, eau potable, carburants, électricité, argent liquide) ? Nous, oui. Si vous êtes urbain ou périurbain, si vous avez cru à la pantalonnade (coûteuse) du grand Paris de demain vu par de grands architectes visionnaires, renseignez-vous ! Ca pourra servir.

Claude Micmacher est architecte et géographe

Claude Micmacher | Source LE MONITEUR.FR

 
 

Vos réactions

  • Anonyme | 11/06/2009 - 01:35

    excellent!

    Excellent, stimulant! Merci.

  • Simon | 11/06/2009 - 09:25

    Une solution?

    Pas inintéressant ce post ! Une solution partielle (peut être minime)? L'agriculture périurbaine voire intraurbaine... Les surfaces sont sûrement disponibles à proximité de la plupart des grands centres urbains (sauf certainement du "Grand Paris" où il y a trop de monde et pas assez d'espaces proches à disposition).

  • Gilles | 11/06/2009 - 16:11

    Faut-il désespérer?

    Je partage le jugement porté sur le Grand Paris; l'histoire nous enseigne en effet que la plupart des visionnaires se sont magistralement "plantés". Pour le reste, j'espère que vous vous êtes aussi trompé dans vos prédictions; j'en veux pour preuve la capacité d'adaptation de l'être humain aux pires situations...

  • Anonyme | 25/06/2009 - 13:44

    Ingénieur conseil en écologie urbaine

    Commentaire Lire d'urgence le dernier ouvrage de Bernard Marchand 'La haine de la ville'. Depuis Sodome et Gomorrhe, tout le monde a eu la tentation d'annoncer les pires calamités sur les villes, tout en pleurant sur la campagne et la "terre qui ne ment pas". J'ai déjà écrit "Vive la désertification des campagnes !" dans Libération en octobre 1997. Pour un être humain aussi, l'arrêt de la circulation du sang se traduit par la mort en un temps très court. Et alors ! Cela ne justifie pas de cesser de vivre. La campagne continuera à perdre des habitants permanents. Ceux qui y voient une vague ressemblance avec la mort se trompe de vocabulaire. C'est comme ça et ce n'est pas triste. Yves Egal

VOUS SOUHAITEZ REAGIR

Pour commenter un article vous devez vous identifier ou être inscrit.  

Valider