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En 10 ans, le musée Guggenheim a transformé Bilbao
Defawe Philippe | 18/10/2007 | 20:02 | Aménagement
Le musée, conçu par l’Américain [...]
Le musée, conçu par l'Américain Frank Gehry, fête ses 10 ans vendredi. Son succès international a permis d'accélérer la métamorphose de cette ancienne capitale industrielle du pays Basque. Pour son anniversaire, le musée inaugurera l'oeuvre en extérieur "Arcs rouges" du Français Daniel Buren.
Tout en angles et en rondeurs, recouvert de plaques de titane argentées surplombant la Ria de Bilbao, qui débouche quelques kilomètres plus loin dans l'Atlantique, le musée à l'architecture spectaculaire accueille en moyenne un million de visiteurs par an. Un succès, face aux prévisions qui tablaient sur un nombre de visiteurs annuel compris entre 250.000 et 500.000.
Un tel satisfecit, quelque peu emphatique, s'explique par l'ampleur du défi qu'a dû relever Bilbao. Longtemps figure de proue de l'Espagne industrielle et portuaire, Bilbao a été sinistrée par la crise sidérurgique des années 70-80 : disparition de la métallurgie, fermeture des chantiers navals, un quart de la population au chômage. "Il nous fallait alors enclencher un processus de régénération urbaine par une décision audacieuse", expliquait au Moniteur le maire, Luis Akzuna. Elaboré en 1987, un "plan stratégique de revitalisation de la métropole de Bilbao" a proposé une stratégie de régénération de la ville et de son agglomération en s'attaquant d'abord aux zones les plus touchées par la crise : les rives de la Ria Nervion. Tel un couloir serpentant sur une douzaine de kilomètres jusqu'à la mer, ce fleuve côtier offre les meilleurs terrains, c'est-à-dire les plus plats, occupés très tôt par les activités portuaires et industrielles.
Le reste de l'agglomération, notamment les logements, a dû s'agripper aux petites montagnes qui enserrent la ville de très près et la séparent de la mer. C'est pourquoi le centre-ville de Bilbao a hérité d'immenses friches industrielles et portuaires, formant une plaie ouverte continue d'environ 35 hectares.
Le plan stratégique de 1987 proposait une revitalisation du centre-ville en améliorant l'environnement, la mobilité et le potentiel culturel. L'audace a consisté à inverser l'ordre imposé par le plan stratégique, c'est-à-dire à investir d'abord sur le culturel, au moment où toutes les aides publiques étaient consacrées à sauver (en vain) l'emploi industriel. Sur le terrain, cette audace s'est traduite par un effet de contraste saisissant. Au coeur d'une vaste friche encore intacte, l'irruption d'un musée d'art moderne a subitement réveillé le paysage. Frappant l'opinion publique par une architecture qui est, à elle seule, une oeuvre d'art signée par l'Américain Frank O. Gehry, le musée symbolise aujourd'hui la ville, le pays basque, voire l'Espagne toute entière. Ainsi est né "l'effet Guggenheim".
Tout n'a pas été si simple car la population avait alors vivement critiqué ce projet onéreux (150 millions d'euros) à une époque où le taux de chômage était très élevé au Pays Basque.
A cette opposition citoyenne s'était ajoutée celle de l'organisation indépendantiste basque armée ETA, qui avait tué, six jours avant l'inauguration, l'un des policiers chargés de surveiller le musée.
"Les gens avaient peur car tout était différent et nouveau", a récemment déclaré à Bilbao, Frank Gehry, cité par l'AFP. Mais dix ans plus tard le musée "est toujours là et en pleine forme".